» Neverdays « , d’Alizée Meurisse

neverdays2Résumé

Acteur au sommet de sa gloire, le narrateur jouit d’un grand pouvoir de séduction. Pourtant, lorsqu’il découvre une clinique proposant à des clients fortunés de changer d’apparence pendant 48 heures grâce à une injection d’ADN, il se laisse tenter, manière pour lui de réapprendre les joies de l’anonymat. C’est alors que, sous les traits de cet alter ego « sans qualités », il tombe amoureux et décide d’incarner véritablement cet autre, malgré les dangers que cela peut entraîner. Inévitablement, son état phy­sique et mental se dégrade. Le désir effréné d’être cet homme ordinaire le fait basculer « de l’autre côté du miroir ». L’acteur finit par s’identifier totalement à ce rôle que lui a dévolu le hasard. Dans cette ronde des identités bouleversées, le lecteur rentre dans la peau de cet homme, subit lui-même cette métamorphose kafkaïenne… Alizé Meurisse mélange les genres en un vertigineux entrelacs de boucles et de jeux de miroirs inversés. Elle aborde par le détour du récit fantastique, voire du conte moral, la complexité des rapports entre les sexes et systématise le jeu des apparences. Si elle transpose au XXIe siècle Le Portrait de Dorian Gray d’Oscar Wilde, c’est pour mieux le retourner.

4 scarabees

 

Avis de lecture

En quelques mots, je dirais original, percutant, vulgaire, cultivé. Maintenant, je développe :

Original : si vous croisez ce livre en librairie, ne vous contentez pas de la quatrième de couverture qui dit ceci : « C’est la tension qui compte », phrase, extraite de la page 101, prononcée par le narcissique narrateur. Bon vous avez peut-être déjà lu le résumé que j’ai pris sur le site de la maison d’édition, alors l’originalité, vous avez compris où elle se situe. C’est ce résumé-là qui éveilla mon intérêt. Changer d’apparence grâce à une injection d’ADN pour redevenir un temps quelqu’un d’anonyme, redécouvrir la vie, mais pour notre héros, cette expérience va le changer. Voici un livre qui cible la catégorie des peoples et dont le regard averti et franc du narrateur m’a beaucoup plu. Si vous recherchez une lecture déroutante, insolite, c’est vers ce livre qu’il faut aller.

A noter aussi l’emploi récurrent de l’anglais. oui parlais anglais c’est classe, ici, cela donne un air branché au personnage, seul souci pour moi, c’est que parfois je ne les comprenais pas, obligé d’utiliser un traducteur, mais bon je ne peux m’en prendre qu’à mon faible niveau.

 

Percutant : tout d’abord, ce mot qualifie mon impression à la lecture des premières pages. Mais cela s’applique aussi bien au propos du narrateur qu’au style de l’écriture. Voici une citation : « Ma vie entière est une publicité pour une voiture silencieuse avec intérieur cuir : il a l’argent, il a le pouvoir, il a une Audi, il aura la femme. Des caisses j’en ai plus d’une et des femmes j’en ai des caisses. ». Il y a ainsi plusieurs phrases de ce style, de nombreux jeux de mots, qui pimentent la lecture.

Vulgaire : En soi, notre acteur est vulgaire, dans sa façon de parler, et ceux tout au long du livre. De plus, il est très porté sur le sexe, la recherche de nouvelles conquêtes, ce qui nous vaut des passages crus et vulgaires, mais cela fait partie du personnage. Il est conscient de ne pas nous être sympathique, il le dit clairement p. 9, mais même à travers « ces caractères d’imprimerie qui n’ont ni [son] charme légendaire ni [son] torse musclé », il séduit le lecteur.

Cultivé ; oui, si notre personnage est vulgaire, il est aussi cultivé, car je ne compte pas les référence littéraire, cinématographique ou même philosophique qu’il fait. Cela surprend vu le personnage, et il semble du coup plein de contrastes.

Pour conclure, il est clair que lorsqu’on lit ce livre, on peut penser au Portrait de Dorian Gray, d’Oscar Wilde. Cet homme immoral qui en souhaitant conserver sa jeunesse et sa beauté, se perd lui-même et sombre dans la déchéance. Ici l’auteur prend le contre-pied, car ce n’est pas la beauté physique qu’il recherche, puisqu’il l’a déjà, c’est la normalité, l’anonymat. Un rôle qu’il endosse et dans lequel il se perd, il s’englue, je trouve le terme adéquat. J’ai apprécié le conflit intérieur qui apparait entre ce souhait de l’anonymat retrouvé et l’envie d’être reconnu pour ce qu’il est – c’est-à-dire le célèbre et bel acteur – malgré son apparence de type normal. Et la fin inattendue clos parfaitement le livre, que demander de plus. Voici un livre qui, conforme au souhait du narrateur, va rejoindre ma bibliothèque, « une nouvelle brique dans mon mur ».

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