« 2084 », de Boualem Sansal

2084-la-fin-du-mondeRésumé

L’Abistan, immense empire, tire son nom du prophète Abi, «délégué» de Yölah sur terre. Son système est fondé sur l’amnésie et la soumission au dieu unique. Toute pensée personnelle est bannie, un système de surveillance omniprésent permet de connaître les idées et les actes déviants. Officiellement, le peuple unanime vit dans le bonheur de la foi sans questions.
Le personnage central, Ati, met en doute les certitudes imposées. Il se lance dans une enquête sur l’existence d’un peuple de renégats, qui vit dans des ghettos, sans le recours de la religion…
Boualem Sansal s’est imposé comme une des voix majeures de la littérature contemporaine. Au fil d’un récit débridé, plein d’innocence goguenarde, d’inventions cocasses ou inquiétantes, il s’inscrit dans la filiation d’Orwell pour brocarder les dérives et l’hypocrisie du radicalisme religieux qui menace les démocraties.

Notation sur 5

Intrigue 3 scarabees

Personnages2 scarabees

Écriture 3 scarabees

Avis de lecture

C’est l’écho au livre de Georges Orwell, qui a fait que je me suis intéressée à ce livre, et ce même si je n’ai pas encore lu 1984. Mais je répare enfin cet oubli et j’entrevois en effet que Boualem Sansal s’est inspiré du livre d’Orwell pour écrire le sien.

Mon impression au commencement

Pas facile de s’immerger dans ce roman si on se laisse distraire par le bruit de la télé, ou tout autre distraction. En tout cas, c’est comme cela que je l’ai ressenti. J’ai été surprise par son style, par ses longues phrases sur lesquelles je butais au tout début. Ensuite, il faut se familiariser avec l’univers avec des termes qui,lui sont propres : makoufs, l’Appareil, Yölah, etc. Entre deux paragraphe consacré à Ati le personnage central, l’Abistan et son fonctionnement nous sont présentés : restrictions, interdits, propagande, bref un système autoritaire qui s’est étendu sur toute la Terre. Ati se pose des questions sur le monde qui l’entoure, mais cloîtré au sanatorium, je me demande où cela va mener.

Ce que j’ai pensé de la trame

Le livre se découpe en 4 livres, quatre temps distinct dans la vie d’Ati : Ati qui sort du sanatorium et se livre à des réflexions, Ati qui retrouve ensuite son quartier redevient un citoyen mais n’en oublie pas moins ses interrogations sur le monde qui l’entoure, puis Ati entreprend un voyage avec Koa pour s’approcher de l’Abigouv, enfin là il se passera déjà plus de choses et des fils se dénoueront enfin. On se promène beaucoup avec Ati, et rien n’est fait pour qu’on s’intéresse à lui en tant que personnage, c’est bien dommage. En tout cas, il se passe bien peu de choses en 200 pages, ce qui rend la lecture très longue. J’avoue  en avoir survolé pour arriver plus vite au dénouement.

Si Ati n’est pas plus épais qu’une page du livre, il en est autrement de la dictature religieuse que nous décrit l’auteur. Une dictature qui contrôle tout, qui voit tout, qui n’hésite pas à mettre en scène pour mieux manipuler le peuple, à ce sujet il y a plusieurs exemples intéressants. Il décrit les dérives qui peuvent découler d’une religion dès lors qu’elle devient partie intégrante d’un système. J’ai bien aimé cet aspect du livre, même s’il n’est pas aussi facile de s’immerger dans ce pays imaginaire que dans n’importe quelle autre dystopie.  C’est certainement au manque de situations précises ou de dialogues percutants pour illustrer certains propos.

Enfin, concernant le 4è livre qui compose ce roman, des fils se dénouent. C’est finalement la partie que j’ai préféré notamment avec  Toz qui a fait un musée des temps passés et au dialogue intéressant qui s’établit entre lui et Ati.

Conclusion

J’aurais peut-être dû lire 1984 avant, cela m’aurait parmi de mieux comprendre la dernière page du livre où il est fait référence à la novlangue, à l’Angsoc par exemple. Une autre lecture s’avèrerait peut-être nécessaire, mais je ne sais pas si je le ferai pour être honnête. Le roman est intéressant, mais cela n’efface pas que dans son traitement, certains éléments m’ont un peu déçue, alourdissant la lecture.

« Horrorstör », de Grady Hendrix

horrorstor_final_300dpiRésumé

Il se passe quelque chose d’étrange au magasin de meubles d’Orsk à Cleveland, en Ohio. Ces derniers temps, les employés découvrent, en arrivant le matin, des étagères Kjërring démontées, des piles de gobelets Glans renversées, des armoires Liripip fracassées…
Les ventes sont en berne, les responsables de rayon en panique : les caméras de surveillance ne montrent rien d’anormal.
Pour lever le mystère, une équipe de trois employés se retrouve engagée pour rester sur place toute une nuit. Au coeur de l’obscurité, ils arpentent les allées du showroom désert, courent après d’inquiétants bruits et finiront pas se confronter aux pires horreurs…
Une histoire de maison hantée qui prend place dans un décor contemporain : « Horrorstör » a pour trame de fond une critique cinglante de la société de consommation. Ces grands espaces de vente, qui mettent en scène un prétendu bonheur, se retrouvent comparés à une prison labyrinthique où un mode de pensée unique est imposé aux pénitents par la torture.

Notation sur 5

Intrigue3 scarabeeset demi

Personnages4 scarabees

Écriture4 scarabees

Avis de lecture

Pourquoi ce livre ? J’ai tout de suite été intriguée par ses allures de catalogue Ikea. Et en le feuilletant, tout y est, l’explication du concept, un bon de livraison, etc. L’auteur a soigné son livre jusqu’au design des meubles présentés à chaque nouveaux chapitres, enfin des meubles dont l’usage sera vite détourné pour les besoins de l’histoire.

Mon impression au commencement

Le roman démarre avant l’ouverture du magasin. « Tous les matins, cinq jours par semaine, ils se traînaient jusqu’au point névralgique de leurs petites vies » (p.9). C’est l’occasion pour l’auteur d’aborder la vie au travail des employés dans ce magasin (je précise : vision peu flatteuse ici) et c’est à travers le regard d’Amy qu’il nous offre cet aperçu. Amy met un peu de peps dans ce qui s’annonce un quotidien morne, routinier et dont le seul souhait au début du roman et d’éviter à tout prix Basil, le gérant.

Mais ce qu’il faut retenir aussi de ce début, c’est que des choses étranges se passent dans le magasin…

Ce que j’ai pensé de la trame

Le roman se déroule sur une seule journée, enfin essentiellement la nuit. Lorsque Basil convoque Ruth Ann et Amy pour une mission particulière, cette dernière et réticente, mais le besoin d’argent achèvera de la convaincre. Mais de quelle mission s’agit-il ? Patrouiller dans le magasin pour comprendre d’où viennent les actes de vandalisme.

Lorsqu’il commence leur surveillance, ce qui au départ s’annonce comme une corvée bascule peu à peu en cauchemar. L’auteur y va doucement, distille l’étrange par petites doses pour qu’ensuite cela ne fasse pas de doute parmi les 3 employés : il se passe quelque chose d’anormal. Comment peut-on se perdre dans l’entrepôt ? D’où vient cette horrible odeur ? Qui a écrit tous ces graffitis ? Et pourquoi la police ne trouve-t-elle pas le magasin ? Je me suis prise au jeu, sentant l’inquiétude et l’angoisse monter chez les personnages.

Lorsque tout devient cauchemardesque, j’ai été aussi désorientée que les personnages du livre. Je ne sais pas où l’auteur est allé chercher tout ça, mais les descriptions sont très visuelles. Orsk est véritablement en train de devenir l’Horrostör, et fait perdre la tête à ceux qui s’y trouvent. Il s’avère que le lieu sur lequel a été bâti le magasin y est pour beaucoup, comme c’est souvent le cas dans ce genre d’histoire. A force de rebondissements et de re-re-rebondissments, j’avais hâte de voir l’issu de tout ça. J’avais l’impression que les personnages ne s’en sortiraient jamais.

Les personnages

Je les ai trouvé dans l’ensemble intéressants. Il y a d’un côté notre groupe de 3 personnes venues pour patrouiller et deux autres branchées spiritisme, ou presque. Pour la plupart on le survole, il n’y a qu’Amy qui s’avère plus travaillé. Elle se trouve dans une situation délicate au travail : elle souhaite une mutation et ne supporte pas son patron Basil. C’est une personnage vive, courageuse aussi qui n’adopte pas les préceptes d’Orsk, et fait son propre chemin. A l’inverse Basil vit Orsk, et ce doit être fatigant, mais il devient un peu plus sympathique, même s’il demeure un peu rigide. Ses rapports avec Amy sont compliqués. Toute cette intrigue est également l’occasion pour eux de parler de la carrière d’Amy.

Conclusion

Une lecture distrayante, efficace dans le sens où l’auteur arrive à nous faire ressentir l’angoisse, le désespoir de ses personnages, mais la deuxième partie du récit, celle où l’horröstor prend la pas sur Orsk, est peut-être un peu trop dans la sur-enchère de l’horreur. Enfin, finir sur une fin ouverte était une bonne chose, selon moi.

Titre original : Horrorstör

Sortie : août 2015

« Stand up ! », d’Anthony McCarten

stand upRésumé

Azime, jeune femme timide d’origine kurde, a grandi dans une banlieue de Londres, déchirée entre l’Orient et l’Occident, l’islam et la laïcité, le foulard et les petits hauts sexy. Et maintenant que des bombes explosent dans les rues et le métro, être Azime devient plus compliqué encore. Comment vivre dans deux mondes si différents, qui tous deux dictent qui on doit être et ce qu’on doit faire ?

Lorsqu’une de ses camarades kurdes est retrouvée morte à cause d’un choix amoureux que réprouve sa famille, Azime décide de réagir : la meilleure façon d’échapper à un destin aussi tragique ne serait-elle pas d’en rire ? Elle se lance un défi qui paraît impossible : mettre un niqab, monter sur scène et devenir la première humoriste de stand-up musulmane du monde !

Notation sur 5

Intrigue4 scarabees

Personnages 4 scarabees

Écriture4 scarabees

Avis de lecture

Merci Babelio de m’avoir permis de lire ce roman aussi divertissant que très actuels par les thèmes qu’il aborde : l’humour, l’intégration, l’islam et l’occident, etc.

Mon impression au commencement

Nous faisons très vite connaissance avec Azime et son fort caractère, son amie Banu et sa famille. Au début, l’ambiance n’est pas à l’humour. Une amie d’Azime est morte défenestrée. Pour beaucoup, il est évident qu’il s’agit d’un crime d’honneur perpétré par le père. Ceci sera un des axes de ce roman, mais ce n’est pas tout.

Au bout d’une dizaine de pages, l’auteur nous livre un bon portrait des membres de la famille Gevas et d’emblée il est évident que grâce au caractère de chacun d’eux, ce roman ne s’annonce nerveux et drôle.

Ce que j’ai pensé de la trame

Il y a plusieurs niveaux de lectures dans ce livre. On peut d’un côté le prendre comme un roman d’apprentissage. Azime vit chez ses parents, travaille dans l’entreprise familiale. Sa mère veut la marier à tout prix, mais elle cherche une certaine indépendance. Elle a un goût prononcé pour l’humour qu’elle cache et lorsqu’elle  se produit pour la première fois tout dérape dans sa vie personnelle. Elle fait face à la désapprobation de son entourage et tente de tracer son chemin malgré tout, échouant et s’élevant , mais grandissant à chaque fois, jusqu’à se réaliser.

D’un autre côté il y a cette intrigue, certes plus secondaire, autour de la mort de son amie qui la hante et qui la consterne. Elle veut des réponses et en obtiendra. Cette partie de l’histoire permet à l’auteur d’illustrer la difficulté de vivre entre deux mondes, deux cultures et de trouver sa place tout seul.

Enfin, tout cela est prétexte à aborder les thèmes cités plus haut. Les parents d’Azime sont arrivés en Angleterre lorsqu’elle était encore petite. Elle et son frère et sa sœur ont été élevés dans la tradition kurde, mais grandir en Angleterre fait naître aussi des aspirations chez eux que les parents ne comprennent pas et veulent réprimer.

Résultat : le cocktail est réussi, tantôt profond ou léger, bien dosé en humour quand il le faut.

Conclusion

Il est amusant de noter que le titre original de ce livre Funny girl, est identique à celui du dernier roman de Nick Hornby, sorti il y a peu de temps aussi. En tout cas, Anthony McCarten signe un bon divertissement et nous livre une réflexion sur l’usage de l’humour, le rapport aux autres, à la famille, la communauté.

Titre original : Funny girl

Sortie : septembre 2015

« Vladimir Vladimirovitch », de Bernard Chambaz

vladimirRésumé

La vie de Vladimir Vladimirovitch Poutine a basculé quand son homonyme est arrivé au pouvoir. Le soir de l’élimination de l’équipe de hockey aux Jeux olympiques de Sotchi, il est frappé par la tristesse dans les yeux du président ? une tristesse d’enfant, des yeux de phoque. Tout au long de l’année 2014, obsédé par la question « que croire, qui croire ? », il raconte dans des cahiers la vie de Volodka : l’enfance, le KGB, l’irrésistible ascension. À travers cette plongée au coeur de l’énigme Poutine, ce sont aussi les spectres de l’histoire soviétique qui défilent.Partagé entre l’amour perdu de Tatiana et la vie possible au côté de Galina, Vladimir Vladimirovitch n’en a pas fini avec les ambiguïtés de l’homme russe face à son destin, et son président.

Notation sur 5

Intrigue 2 scarabeeset demi

Personnages2 scarabees et demi

Écriture3 scarabees

Avis de lecture

Bernard Chambaz utilise le roman pour parler d’un homme de notre époque qui fait déjà couler beaucoup d’encre : Vladimir Vladimirovitch Poutine. Intriguée, par l’idée de base (l’homonyme de Poutine voit sa vie basculer, lorsque ce dernier arrive au pouvoir), j’ai saisi l’occasion que me proposait Babelio  (que je remercie) de lire ce livre.

Mon impression au commencement

Vladimir Vladimirovitch est un homme normal qui regarde le hockey, suit les jeux de Sotchi, qui porte une attention à tout ce qui concerne le président Poutine, au point de reporter sur un carnet diverses informations à son sujet, et qui a aimé une femme Tatiana. Mais c’est aussi un personnage que j’ai trouvé apathique assez rapidement, qui restitue des choses, mais ne suscite pas d’émotions. Dis comme cela, cela peut paraitre rédhibitoire, mais non ça n’a pas vraiment été le cas. Il y a un abîme entre les deux Vladimir, et j’ai voulu en apprendre plus sur les deux.

Ce que j’ai pensé de la trame

On oscille entre le récit ordinaire de la vie plate de Vladimir Vladimirovitch et le récit de l’arrivée de Poutine au pouvoir. Tout y passe : son enfance, son entrée au KGB, son ambition, sa personnalité, son accession au pouvoir. Le roman laisse place à 3 reprises aux carnets que rédige Vladimir sur son homonyme présidentiel. Au fil de ma lecture, je trouve plus d’intérêts aux passages concernant le président qu’au reste et pour dire, la vie de Vladimir à force de stagner devient lassante. J’imagine que l’auteur a volontairement créé ce fossé entre eux, mais le procédé a ses limites. Et la vie de Vladimir aurait basculé à l’arrivée de l’autre Vladimir au pouvoir ? Et bien je me demande bien en quoi… C’était quand même sur cette axe que ce roman est censé être bâti…

En tout cas, la vie de Vladimir Poutine, bien documentée, est rendue plus intéressante, je la suis avec intérêt et curiosité, je dois l’avouer. Certaines anecdotes font sourire, ou sont consternantes aussi.

Conclusion

J’ai trouvé ce roman en partie intéressant, mais voilà l’un des deux Vladimir n’est pas à la hauteur et le suivre devient ennuyeux. Certes, c’est un moyen détourné pour mieux parler du président Poutine, mais pour le coup, Bernard Chambaz n’a pas réussi à rendre le tout convaincant.

Sortie : août 2015

« Re-vive l’Empereur », de Romain Puértolas

CVT_Re-vive-lEmpereur-_1584Résumé

La folle histoire d’une lutte sans mort de Napoléon Bonaparte, revenu aux affaires pour sauver le monde contre les djihadistes : l’imagination au pouvoir. De nos jours, un chalutier norvégien de Findus repêche, dans ses filets, Napoléon Bonaparte et son cheval Le Vizir, maintenus en parfait état de conservation grâce aux eaux glaciales de la mer du Nord. Le retour du premier Empereur de France coïncide avec la vague d’attentats djihadistes qui assaille le pays depuis quelques mois. Promu, par une secrète confrérie corse, à une retraite au soleil, Napoléon, boosté au Coca-Cola Light pour apaiser ses aigreurs d’estomac, et en escale à Paris, ne peut rester indifférent au sort de son peuple. Il décide alors de se lancer dans une guerre contre les fanatiques islamistes. Evincé par le gouvernement de Hollande, il devra se constituer une nouvelle Grande Armée qui s’avèrera être bien loin de celle qu’il imaginait.

Notation sur 5

Intrigue1 scarabee

Personnages 2 scarabees

Écriture1 scarabee

Avis de lecture

Est-ce l’anniversaire de la bataille de Waterloo qui a donné l’idée à Romain Puértolas de mettre en scène Napoléon dans son nouveau roman ? En tout cas, l’idée de base (qui se limitait pour moi au retour de Napoléon de nos jours) m’a plu et je découvre donc cet auteur, qui semble diviser les lecteurs, pour la première fois.

Mon impression au commencement

Napoléon est décongelé !!! et son cheval le Vizir aussi. Très vite pris en charge par un certain Mr Bartoli membre de la CGT (Confrérie des grognards tristes), voilà un petit jeu de mot qui reviendra à plusieurs reprises. L’humour du début est léger. Il est marrant de voir Napoléon découvrir notre époque, les avions, faire des comparaison avec son époque, le voir projeter ce qu’il aurait pu faire avec telle ou telle chose.

Lorsqu’il arrive à échapper à la vigilance de Bartoli, Napoléon retrouve son chapeau et se trouve un but. Il faut savoir que l’intrigue a lieu après les attentats de janvier, et lorsqu’il l’apprend pour faire simple, il se lance dans une croisade : débusquer et lutter contre les djihadistes. A partir de ce moment-là, voyant le ton du récit, la tournure que cela prenait, je me suis dit : possible roman casse-gueule…

Ce que j’ai pensé de la trame

Il y a eu des hauts et des bas, des moments où je me demandais si j’allais continuer ma lecture. Pourquoi ? Parce que le roman virait au ridicule, avec une accumulation de personnages certes hauts en couleur, mais sans vraiment d’intérêts, pour la plupart.  Napoléon se dégotte une armée de pacotille, qui m’a un peu fatiguée. L’auteur en joue dans le récit, Napoléon sait qu’il est loin de sa Grande armée espéré, mais franchement c’est trop ! Pour la renforcer, il va jusqu’à partir à la recherche de ses descendants, ceux-là sont un peu plus intéressants à la rigueur.

Donc je disais qu’il y  avait eu des hauts et des bas, mais plus j’avançais dans ma lecture, plus le livre prenait une tournure abracadabrantesque, loufoque qui ne me plaisait pas. L’idée de faire revenir Napoléon est intéressante, mais là on veut en venir l’auteur…. Comment Napoléon lutte et vient à bout de DAECH… c’est  tellement gros… il y a quelques éléments de réflexions au fil du livre auxquels on adhère ou pas, chacun y voit ce qu’il veut, mais le comique reprend vite le pas et cela crée des décalages dans le récit. Résultat : un roman très inégal.

Bon s »il y a une chose positive à souligner : j’ai tout de même apprécié la légère documentation autour de la vie de Napoléon, les batailles, etc.

Conclusion

L’auteur ne m’a pas convaincue ici, pourtant l’idée de départ semblait bonne, mais je n’ai pas adhéré à son humour, à la tournure qu’il a donné à son roman. Romain Puértolas s’est attaqué à un sujet certes délicat, mais cela ne m’aurait pas déplu, c’est la façon dont est traité le sujet qui est en cause ici.

Sortie : septembre 2015

« Macadam », de Jean-Paul Didierlaurent

macadamRésumé

Pour tromper l’ennui lors des confessions, un prêtre s’adonne à un penchant secret. Une jeune femme trouve l’amour aux caisses d’un péage. Pendant la guerre, un bouleau blanc sauve un soldat. Un vieux graphologue se met en quête de l’écriture la plus noire. Une fois l’an, un dame-pipi déverrouille la cabine numéro 8…

Primées à travers toute la France, onze nouvelles qui ont révélé l’auteur du Liseur de 6H27  et son univers à la fois noir, drôle, poétique et généreux.

Notation sur 5

Intrigues 3 scarabeeset demi

Personnages 4 scarabees

Écriture cinq scarabees

Avis de lecture

Je n’ai pas eu l’occasion de lire Le liseur de 6H27, le roman de Jean-Paul Didierlaurent qui a connu un beau succès l’an dernier et qui vient d’ailleurs de sortir en poche, mais ce recueil me semble être une belle entrée en matière pour le découvrir.

Ce recueil se compose de 11 nouvelles mettant en scène des personnages ordinaires blessés, lassés par le quotidien, cherchant, aspirant quelque chose, etc. Cela va d’un prêtre, à une « dame-pipi » en passant par un soldat, un enfant. Une galerie de personnages très variée finalement.

J’ai apprécié chacune de ses nouvelles, mais voici celles qui se sont distinguées à mes yeux : Macadam celle qui donne son nom au recueil est surprenante. Mathilde est touchante. C’est elle, la jeune femme qui trouve l’amour aux caisses d’un péage et la fin est joliment surprenante.

Ensuite, il y a Rose sparadrap. La voix est celle d’un enfant. J’ai trouvé le ton juste, une certaine innocence  transparait, mais le sujet frappe et le récit de cette petite fille me fait frissonner. C’est une nouvelle qui s’avère finalement dure.

La nouvelle suivante Sanctuaire met en scène Arrenza Calderon, qui tient des toilettes publiques, dans son travail quotidien. Mais un drame noircit le tableau. Malgré tout, la manière dont l’auteur amène cela rend cette histoire douce, pleine de nostalgie et d’amour.

Ce que je retiens finalement de ce recueil, c’est l’écriture de Jean-Paul Didierlaurent. Une écriture riche, qui sait surprendre, qui use d’astuces au fil des nouvelles pour se renouveler, une écriture qui fait d’habiles descriptions.  Par contre, j’avoue que certaines chutes m’ont paru trop abrupt, mais bon retenez surtout ce que j’ai dit précédemment : j’ai adoré son écriture pleine de ressources.

Sortie : septembre 2015

« La terre qui penche », de Carole Martinez

CVT_La-Terre-Qui-Penche_849Résumé

Blanche est morte en 1361 à l’âge de douze ans, mais elle a tant vieilli par-delà la mort! La vieille âme qu’elle est devenue aurait tout oublié de sa courte existence si la petite fille qu’elle a été ne la hantait pas. Vieille âme et petite fille partagent la même tombe et leurs récits alternent.
L’enfance se raconte au présent et la vieillesse s’émerveille, s’étonne, se revoit vêtue des plus beaux habits qui soient et conduite par son père dans la forêt sans savoir ce qui l’y attend.
Veut-on l’offrir au diable filou pour que les temps de misère cessent, que les récoltes ne pourrissent plus et que le mal noir qui a emporté sa mère en même temps que la moitié du monde ne revienne jamais?
Par la force d’une écriture cruelle, sensuelle et poétique à la fois, Carole Martinez laisse Blanche tisser les orties de son enfance et recoudre son destin. Nous retrouvons son univers si singulier, où la magie et le songe côtoient la violence et la truculence charnelles, toujours à l’orée du rêve mais deux siècles plus tard, dans ce domaine des Murmures qui était le cadre de son précédent roman.

Notation sur 5

Intriguecinq scarabees

Personnagescinq scarabees

Écriturecinq scarabees

logo coup de coeur

Avis de lecture

J’ai bien aimé Du domaine des Murmures, son précédent roman, qui évoquait le parcours d’Esclarmonde, qui après s’être emmurée, avoir connu l’expérience de la maternité, et voir le monde s’agiter autour d’elle, ne peut finalement s’empêcher de vouloir y prendre part. Je me souvient aussi que la poésie de son écriture, de son talent de conteuse. Alors lorsque j’ai appris la sortie de La Terre qui penche… A la lecture du résumé, je me disais déjà que j’allais aimer ce roman et cela s’est confirmée !!!

Mon impression au commencement

La terre qui penche est un récit à deux voix : celui de la Vieille âme et de la Petite fille. Deux entités qui ne forment qu’une seule est même personne. La première a oublié ce que fut son existence, ou plutôt son enfance,  mais la voix de la petite fille est là pour tout lui raconter. Dès le début, une donnée entre en jeu : on sait qu’à 12 ans elle meurt, reste à savoir dans quelle circonstance… On voit donc ce petit brin de fille, ce « chardon », dont le fort caractère se devine d’entrée de jeu, s’interroger, s’angoisser de ce voyage qu’elle fait, vêtue des plus beaux vêtements qu’elle n’ait jamais porté. Son arrivée aux Murmures est auréolé d’une atmosphère étrange, sombre : p57 « Quelque chose serpente dans les profondeurs de cette vallée[…] Mort ou diable, quelque chose  est tapi là-dedans, qui nous guette. » Jusqu’ici, j’adore !!!

Ce que j’ai pensé de la trame

Rien n’est figé dans le roman et les voix de la Vieille âme et de la Petite fille s’alternent, parfois deux chapitres de suite sont consacrés à une des deux. La Petite fille se livre au récit de son enfance qui est rythmée par les souvenirs (son arrivée aux domaine des Murmures et la vie qu’elle y menait), et une pointe de mystère autour de son père (figure autoritaire de prime abord) et de sa naissance. A partir du moment où elle débarque au Domaine des Murmures, la question des circonstances de sa naissance est abordée par l’effroyable Bouc puis d’autres personnages qui ne finissent jamais leur récit, ce qui met à mal la curiosité de Blanche, mais aussi la nôtre. Parler de sa naissance, c’est aussi parler de sa mère, dont elle ne garde pas de souvenirs, et de son terrible père.

Lorsque la Vieille âme prend la parole, un souvenir resurgit de temps à autre. Mais ce qui la caractérise c’est le distance qu’elle prend avec tout cela, avec ce qu’elle raconte de Blanche. La Vieille âme a un regard sur « le présent », sur le Domaine des Murmures à diverses époques aussi. Ces deux voix se répondent, se complète finalement.

Plusieurs choses m’ont particulièrement plu dans ce récit : la présence de chants (certains sont imaginés par l’auteure) qui s’insèrent dans le corps du récit ; le thème de l’écriture et de la lecture à cette époque où seule une élite y avait accès. Le père de Blanche refusait que ses filles apprennent, pour que le diable n’entrent pas en elle. Mais Blanche, curieuse et avide d’apprendre, s’émancipe de son père et s’instruit grâce au seigneur des Murmures. Il y a aussi des passages forts comme à la page 207-208 où il est question de la relation de l’homme à Dieu, des paroles qui résonnent avec notre temps. Il y a cette phrase de la Vieille âme par exemple p 208 qui est très évocatrice :  » Moi qui suis morte, je peux rire tout mon saoul des ambitieux qui se rêvent des saints en agitant l’épée du sacrifice. Je peux rire de ceux qui utilisent Dieu comme prétexte pour asseoir leur pouvoir ».

Mais le plus beau passage de ce roman, selon moi, reste cette tirade d’un père au chevet de son fils (p171), celle d’un père qui lui proclame son amour, en racontant comment il s’est découvert père à sa naissance, lui son dernier fils. Ce passage est de toute beauté. L’amour est d’ailleurs un thème récurrent ici : celui d’un père, d’une mère, d’un amant ou d’un mari. Un amour qui n’est pas toujours bon et qui peut s’avérer nuisible pour soi ou pour autrui. Par exemple Aelis, la femme du seigneur des Murmures, se trouve enfermer dans un amour à sens unique depuis de nombreuses années.

Enfin, je suis obligée d’évoquer l’incursion du merveilleux dans ce roman à plusieurs reprises, mais je vous parlerai ici plutôt de quelque chose qui évoque un conte populaire de Grimm. Ici, j’ai l’impression que l’auteur a voulu faire écho à Hansel et Gretel, lorsque Blanche et Aymon arrivent devant une maison au milieu de la forêt, habitée par la cuisinière Guillemette, autrefois au service du seigneur des Murmures. Bon ce n’est pas une méchante sorcière, loin de là, mais l’évocation ma semblait clair à la lecture. Guillemette semble vivre hors du temps, dans un lieu difficilement accessible par tout un chacun et dont on ne sort pas facilement non plus, ce qui sauve d’ailleurs les deux enfants de leurs poursuivants.

Ce roman est l’histoire d’une enfant qui quitte l’enfance, c’est une nouvelle fois le portrait d’une jeune fille qui ne renonce pas et veut se faire une place aux Domaine des Murmures.

Les personnages

Je vous ai déjà parlé de Blanche, de son tempérament. C’est un personnage aux multiples facettes, mais pas que de bonnes. Elle peut se montrer très jalouse par exemple lorsqu’il s’agit de son promis. Dans sa quête de vérité qui l’amène à en savoir plus sur sa mère et son père, elle rencontre divers personnages dont la géante verte qui a un passif particulier avec es hommes, dont le père de Blanche. La géante verte appartient aussi aux anciennes croyances dont les homme de cette époques se méfie. Enfin cette dernière est, aussi associé à la Loue, cette rivière sauvage. Personnage à part entière, la Loue a ses humeurs, elle est caractérielle, elle tue, elle se venge. Cela est établi dès le début du récit et elle est au centre de beaucoup de  choses dans le roman.

Conclusion

L’histoire de Blanche, cette petite fille qui veut apprendre, se noue et se dénoue au fil des pages. C’est un régal pour moi de me replonger dans la plume de Carole Martinez, qui signe un roman fort, mystérieux et si plein des émotions des Hommes. Bref, un grand coup de cœur.

Sortie : août 2015

« Le cœur du problème », de Christian Oster

le-c-ur-du-probleme-633318-250-400Résumé

En rentrant chez lui, Simon découvre un homme mort au milieu du salon. Diane, sa femme, qui, selon toute vraisemblance, a poussé l’homme par-dessus la balustrade,  lui annonce qu’elle s’en va. Elle ne donnera plus de nouvelles. Simon, resté seul avec le corps, va devoir prendre les décisions qui s’imposent.
C’est lors de sa visite à la gendarmerie que Simon rencontre Henri, un gendarme à la retraite amateur de tennis. Une relation amicale se noue. Mais Simon est sur la réserve
; chaque mot, chaque geste risque d’être sévèrement interprété. S’engage alors entre les deux hommes une surprenante partie d’échecs.

Notation sur 5

Intrigue1 scarabee

Personnages 1 scarabee

Écriture 1 scarabee

Avis de lecture

Ah ! Mon premier roman de la rentrée littéraire et ma première désillusion… Je m’explique…

Mon impression au commencement

Le roman démarre fort. L’auteur ne perd pas son temps et cela semble annoncer le ton du roman.  Lorsque Simon rentre chez lui, qu’il trouve un homme mort dans son salon et sa compagne tranquillement dan son bain, comment réagir ? Moi personnellement je n’aurais pas eu la sienne. Lui, fait preuve d’un étrange sang-froid et la situation vire à l’absurde. Tout s’annonce bien pour le moment, la tournure est intéressante.

Ce que j’ai pensé de la trame

Faisant face au départ de sa femme, Simon doit aussi gérer la présence d’un cadavre dans son salon. Mais il ne semble pas pressé.

On entre dans les pensées de cet homme et Christian Oster opte pour une écriture minutieuse, pour des dialogues aux discours indirects qui s’intègre très bien au récits. J’ai aussi était sensible à son écriture hachurée de virgule qui participe selon moi au sentiment de confusion qui envahit le narrateur.

Là, je vous parle de l’écriture, mais la trame dans tout cela ? Et bien j’ai été déçue de la tournure qu’a pris le roman, laissant de côté les raisons du meurtre, pour se concentrer sur Simon, son amitié avec Henri, un policier. Bref, j’ai eu l’impression que le récit s’étirait. Ce n’est jamais bon signe…

Conclusion

Et oui, déjà… Si je n’ai pas pu finir ce roman, et cela me frustre un peu, et bien d’autres internautes ont l’air d’avoir accroché.

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