« Babylone », de Yasmina Reza

babyloneRésumé

Tout le monde riait. Les Manoscrivi riaient. C’est l’image d’eux qui est restée. Jean-Lino, en chemise parme, avec ses nouvelles lunettes jaunes semi-rondes, debout derrière le canapé, empourpré par le champagne ou par l’excitation d’être en société, toutes dents exposées. Lydie, assise en dessous, jupe déployée de part et d’autre, visage penché vers la gauche et riant aux éclats. Riant sans doute du dernier rire de sa vie. Un rire que je scrute à l’infini. Un rire sans malice, sans coquetterie, que j’entends encore résonner avec son fond bêta, un rire que rien ne menace, qui ne devine rien, ne sait rien. Nous ne sommes pas prévenus de l’irrémédiable.

Notation sur 5

Intrigue 2 scarabees

Personnages3 scarabees

Écriture3 scarabees

Avis de lecture

Il a fallu que Yasmina Reza reçoive un prix pour que je la lise. Tout commence par une soirée entre amis dans un petit appartement. On rit, on boit, la soirée prend fin et on se sépare. Ce qui a été intéressant est la manière dont l’auteure présente ce qui lie les personnages les uns aux autres. Avec les voisins, Jean-Lino et Lydie, un couple qui suscite la curiosité, un peu fantaisiste, la soirée semble plus animée. A la lire, j’ai trouvé cette soirée tout de même ennuyeuse et s’il n’y avait pas eu de sursaut dans l’intrigue, ce coup de théâtre, je ne sais pas si j’aurais poursuivi ma lecture.

La suite de l’intrigue, et bien je dois me taire, mais elle est constitué de haut et de bas. Il y a du théâtre dans ce roman, dans la manière dont Yasmina Reza articule son intrigue. Il y a un peu de satire sociale et de roman policier dans ce roman. C’est à ce dernier aspect que j’ai cherché à m’accrocher pour poursuivre ma lecture.

Je ressors de cette lecture étonnée, un brin déçue, de ce prix Renaudot. Un sentiment de déjà-vu entre autre. Je m’attendais à quelque chose de moins facile dans le fond. Je peine à trouver un livre qui m’inspire, m’emporte et cela s’en ressent dans cet article, comme dans le précédent. Malheureusement ce n’est pas avec le roman de Liu Cixin que cela va changer…

« Comme dans un film », de Régis de Sa Moreira

moreiraRésumé

Lui : Je ne la connais pas encore.
elle : Je ne le connais pas encore.
lui : Je me réveille à Paris, en décembre 2005, sans savoir que c’est aujourd’hui que je vais la rencontrer.
elle : S’il savait, peut-être qu’il resterait couché.
lui : Peut-être, oui.
elle : Au lieu de ça, il se lève, il se fait son petit thé vert, nourrit son chat, se demande ce qu’il va faire de sa journée.
lui : C’est samedi

Le roman d’une rencontre, relatée avec humour et tendresse à la manière d’un scénario de film. Le récit évoque l’amour et le couple à l’épreuve du quotidien : la naissance du désir, la passion, l’habitude, la lassitude, la colère, l’aversion, la séparation, la réconciliation, l’enfantement, etc.

Notation sur 5

Intrigue1 scarabee

Personnages1 scarabee

Écriture1 scarabee

Avis de lecture

Ce livre est fait de dialogues, à la manière d’un scénario. Des dialogues rapides entre Lui et Elle. C’est l’histoire de leur rencontre leur histoire, le quotidien et tout ce qui peut rythmer et se passer dans la vie d’un couple. Par moment, le temps d’une phrase, un autre personnage intervient. Cela peut-être une pote, leur mère, un voisin, une personne étrangère au couple qui les a croisé et même un objet comme une télévision.

Cette forme surprend et le jeu de réplique m’a amusée au début. Mais je me suis lassée de ces échanges. Sur la durée, les répliques fusent toujours mais je commençais déjà à décrocher. C’est la forme, d’abord, qui ne m’a pas emportée, et je n’ai pas réussi à apprécier ce couple, ce qu’ils racontent. Que dire de plus, je suis déçue de pas pas l’avoir terminé, mais bon j’ai bien d’autres livres qui m’attendent.

 

« Les contes défaits », d’Oscar Lalo

contes-defaitsRésumé

Peau d’âme, noire neige, le petit poussé… Il était zéro fois… c’est ainsi que commencent les contes défaits.
L’histoire est celle d’un enfant et de l’adulte qu’il ne pourra pas devenir.
Je suis sans fondations. Ils m’ont bâti sur du néant. Je suis un locataire du vide, insondable et sans nom, qui m’empêche de mettre le mien. La page reste blanche car tout ce qui s’y inscrit s’évapore.
Sans rien dire jamais de ce qui ne se montre pas, loin de la honte et de la négation, Oscar Lalo convoque avec ses propres mots, pourtant universels, la langue sublime du silence…
Et c’est en écrivant l’indicible avec ce premier roman qu’il est entré de façon magistrale en littérature.

Notation sur 5

Intrigue3 scarabees

Personnages4 scarabees

Écriture4 scarabees

Avis de lecture

Je remercie Babelio et les éditons Belfond pour l’envoi de ce premier roman d’Oscar Lalo. En cette rentrée littéraire, ce roman a été, pour moi, le plus troublant. Pourquoi ? L’écriture et la manière dont il aborde les maltraitances psychologiques faites aux enfants et la pédophilie.

La voix de l’homme laisse vite la place à celle de l’enfant qu’il était. Dans ce récit fragmenté en court chapitre, l’auteur donne la parole à l’enfant, réussit à exprimer avec des mots, des images d’enfant. Il raconte ce qui est vécu comme un arrachement, lorsque ses parents l’envoie avec son frère en vacances dans ce qui est appelé « Home ». Le trajet en train vers le Home, le déroulement de ce séjour. Autant dire qu’on est loin des colonie de vacances où les enfants reviennent avec de bons souvenirs. A travers la voix de l’enfant, tout est dit avec une sorte de pudeur, de réserve. On sent le choix précis de chaque mots qui donne plus de force à ce qui est exprimé : une douleur  qui ne quitte pas le narrateur. Le sujet est délicat, et Oscar Lalo le traite avec beaucoup de finesse, usant d’une écriture saisissante. Un autre axe important de ce roman est la place de l’adulte, la responsabilité de ou des adultes.

Tout le talent d’Oscar Lalo est là, il nous fait comprendre le poids qui pèse sur l’enfant , ce qui est défait en lui. Ce livre n’a pas été facile à lire, il questionne, il trouble. Avec ce premier roman, Oscar Lalo se distingue par sa plume. Auteur à suivre.

« La valse des arbres et du ciel », de Jean-Michel Guenassia

9782226328755-jRésumé

Auvers-sur-Oise, été 1890. Marguerite Gachet est une jeune fille qui étouffe dans le carcan imposé aux femmes de cette fin de siècle. Elle sera le dernier amour de Van Gogh. Leur rencontre va bouleverser définitivement leurs vies. Jean-Michel Guenassia nous révèle une version stupéfiante de ces derniers jours.
Et si le docteur Gachet n’avait pas été l’ami fidèle des impressionnistes mais plutôt un opportuniste cupide et vaniteux ? Et si sa fille avait été une personne trop passionnée et trop amoureuse ? Et si Van Gogh ne s’était pas suicidé ? Et si une partie de ses toiles exposées à Orsay étaient des faux ?…
Autant de questions passionnantes que Jean-Michel Guenassia aborde au regard des plus récentes découvertes sur la vie de l’artiste. Il trouve des réponses insoupçonnées, qu’il nous transmet avec la puissance romanesque et la vérité documentaire qu’on lui connaît depuis Le Club des incorrigibles optimistes.

Notation sur 5

Intrigue4 scarabees

Personnages4 scarabees

Écriturecinq scarabees

Avis de lecture

C »est un tout qui m’a attiré vers ce roman : l’envie de découvrir la plume de l’auteur, la poésie du titre, le fait qu’il parle de Van Gogh.

De Van Gogh, on connait, mis à part ses superbes tableaux, les troubles de l’humeur, la dépression, la colère qui peuvent l’assaillir d’un coup. Je le savais mort assez jeune (37 ans), par suicide, dit-on. Mais voilà, des experts, des biographes du célèbres peintres ont fait de récentes découvertes remettant cela en cause. C’est à partir de celles-ci que Jean-Michel Guenassia écrit son roman.

L’auteur nous plonge ainsi dans les quelques mois précédant la mort de Vincent. L’angle d’attaque de l’auteur est de prendre Marguerite Gachet comme narrateur. Qui est-elle ? Elle est la fille de Paul Gachet, un docteur, un ami des impressionnistes (dont l’art n’était pas autant apprécié à l’époque), dépeint ici comme un opportunistes. Les œuvres qu’il collecte sont comme un investissement, encore que il se les fait offrir, en échange de consultations. Guenassia pose la question de la sincère amitié qui relie le docteur aux peintres impressionnistes. Pour revenir à Marguerite, jeune fille ayant envie de liberté, de fuir le mariage qui se profile, elle veut devenir peintre. Ses rêves de liberté tombe à l’eau lorsqu’elle réalise l’argent qu’elle doit économiser, que les portes des écoles sont fermées aux femmes. Sa vie n’est pas facile, sa relation avec son père est froide. J’ai apprécié le récit de Marguerite, précis, émouvant par moment, mais elle n’est pas aussi émancipé qu’elle le dit ou qu’elle le voudrait. C’est peut-être le dilemme de la femme à cette époque, tiraillée entre le désir de liberté et le « devoir familiale ». En donnant la parole à Marguerite, en la mettant au centre du roman, c’est indirectement l’occasion de parler de la femme au XIX e siècle, de sa place dans la société. D’ailleurs, j’ai apprécié les extraits de lettres de Van Gogh (je n’ai pas vu de mention comme quoi ces lettres étaient authentiques par contre) ainsi que les textes qui entrecoupent le récit. Ils permettent au lecteur de mieux appréhender le contexte sociétal de l’époque.

Van Gogh apparait un tiers après le début du roman. La relation qui s’établit peu à peu avec Marguerite n’a rien d’avéré, mais c’est une hypothèse qu’a choisi de développer l’auteur. Cette relation a moins d’importance pour lui que pour elle, qui s’imagine vivre prochainement de la peinture à ses côtés. Mais c’est sans compter le caractère difficile de Van Gogh, sur lequel l’auteur ne s’attarde pas beaucoup finalement. Guenassia se concentre surtout sur le rapport de Van Gogh à la peinture. Il vit pour la peinture, pas seulement parce que son frère investit en lui, mais parce que c’est sa raison d’être.J’ai adoré les descriptions que Guenassia réalise sur la manière dont peint Van Gogh.

La valse des arbres et du ciel est un roman convaincant, qui réussit à dresser le portrait d’une époque. Guenassia réalise un roman sans temps mort, entre fiction et documentation. Je regrette juste que Van Gogh n’est pas eu plus de prestance.

Sortie : août 2016

« Écoutez nos défaites », de Laurent Gaudé

ecoutez nos défaitesRésumé

Un agent des services de renseignements français gagné par une grande lassitude est chargé de retrouver à Beyrouth un ancien membre des commandos d’élite américains soupçonné de divers trafics. Il croise le chemin d’une archéologue irakienne qui tente de sauver les trésors des musées des villes bombardées. Les lointaines épopées de héros du passé scandent leurs parcours – le général Grant écrasant les Confédérés, Hannibal marchant sur Rome, Hailé Sélassié se dressant contre l’envahisseur fasciste… Un roman inquiet et mélancolique qui constate l’inanité de toute conquête et proclame que seules l’humanité et la beauté valent la peine qu’on meure pour elles.

Notation sur 5

Intrigue3 scarabees et demi

Personnages3 scarabees et demi

Écriture4 scarabees

Avis de lecture

J’ai découvert Laurent Gaudé avec Pour seul cortège en 2012. J’ai beaucoup aimé son écriture très littéraire, poétique, son goût pour l’Antiquité. J’ai retrouvé cela ici, mais le sujet est tout autre. Alors qu’il était question de pouvoir, de fidélité et d’ambition, ici Laurent Gaudé parle de batailles, de victoires et de défaites.

Dans Écoutez nos défaites, je retrouve son style, et une structure qui m’est familière. Un récit polyphonique, fragmenté de manière subtile puisque les voix se font écho, donnant une unité au roman. Qui sont ces voix ? Il y a Hannibal, qui fait trembler Rome, Ulysse Grant un général confédéré durant la guerre de Sécession, Haïlé Sélassié le dernier empereur d’Ethiopie. Trois récits, trois voix qui nous emmènent vers les guerres du passé. Au passé se mêle le présent par les voix d’Assem, un agent des services secrets français, et de  Mariam, une archéologue irakienne dont le travail est de rechercher les œuvres de musée volées.

Écoutez nos défaites, c’est écouter des récits de batailles, de victoires ou de défaites, c’est écouter des hommes s’interroger sur leurs choix, à travers le temps. Je n’ai pas réussi à entrer dans tous ces récits. J’ai davantage apprécié celui d’Hannibal ou de Mariam, j’ai été un moment perdu dans le récit d’Assem. Mais c’est comme un tout qu’il faut prendre ce récit qui pose la question du sens de la victoire, par exemple. Est-elle toujours pleine et entière ?  Assem sait qu’il va être amputé d’un partie de lui-même après chaque mission, Hannibal rend hommage aux morts ceux qui ont permis la victoire. Peut-on sortir indemne de la guerre, que ce soit physiquement ou mentalement ?

A travers les récits d’Assem et Mariam, ce livre nous ramène aussi à notre actualité, à Daesh, à la destruction des sites antiques et convoque la liberté de vivre et de choisir. Un roman ambitieux, dans lequel je ne suis pas entièrement entrée, mais je suis tout de même ravie d’avoir renoué avec la plume de Laurent Gaudé.

Sortie : août 2016

« Au commencement du septième jour », de Luc Lang

51p9txU759LRésumé

4 h du matin, dans une belle maison à l’orée du bois de Vincennes, le téléphone sonne. Thomas, 37 ans, informaticien, père de deux jeunes enfants, apprend par un appel de la gendarmerie que sa femme vient d’avoir un très grave accident, sur une route où elle n’aurait pas dû se trouver. Commence une enquête sans répit alors que Camille lutte entre la vie et la mort. Puis une quête durant laquelle chacun des rôles qu’il incarne : époux, père, fils et frère devient un combat.
Jour après jour, il découvre des secrets de famille qui sont autant d’abîmes sous ses pas. De Paris au Havre, des Pyrénées à l’Afrique noire, Thomas se trouve emporté par une course dans les tempêtes, une traversée des territoires intimes et des géographies lointaines. Un roman d’une ambition rare.

Notation sur 5

Intrigue3 scarabees

Personnages4 scarabees

Écriture2 scarabees  et demi

Avis de lecture

Le titre m’a intrigué, la quatrième de couverture promet de « l’action », un roman rythmé. Mais les quatrièmes de couvertures sont joueuses, parfois trompeuses avec le lecteur…

J’ai bien aimé les premières pages de ce roman. On sent la frustration, l’inquiétude, on vibre avec Thomas, dès les premières lignes. L’utilisation des points de suspensions est efficace. Mais l’écriture de Luc Lang peut aussi se faire pesante. Pas facile de reprendre son souffle dans ce texte compact. En effet, les dialogues sont incorporés dans le corps de texte, cela passe bien, mais y participe malgré tout. Je pense aussi à la grande précision des descriptions des trajets en voiture de Thomas, que j’ai fini par sauter. J’ai vu ce livre qualifié de page-turner par un libraire, pour moi c’est loin d’être le cas.

Le roman se découpe en 3 livres. Le premier est centré sur l’accident de Camille qui lutte entre la vie et la mort. J’ai été tenté d’abandonner ma lecture. La faute peut-être à l’idée que je me faisais de cette « enquête sans répit » que j’attendais. J’ai été un peu surprise par la manière brutale dont on passe au livre 2. Des questions surviennent au sujet de Camille mais pas vraiment de réponses. Il faut dire le sujet du roman est avant tout Thomas qui revêt, au fil de ces 3 livres, la casquette du père, du mari, du frère, du fils, ouvrant la porte à un lourd secret de famille. La complexité des relations entre Thomas, son frère et sa sœur est intéressante. C’est là que nous emmène l’auteur par la suite.

Luc Lang a écrit un roman très dense, et si je n’ai pas été réceptive à  son écriture, la fresque familiale qu’il dresse, est soutenu par des personnages forts qui restent en mémoire. Bref, j’ai ramé pour finir ce livre, c’est vrai, mais je voulais avoir le fin mot de l’histoire et je l’ai eu.

Sortie : août 2016

Vous pouvez maintenant me retrouver sur instagram.

« Station Eleven », d’Emily St John Mandel

Station-eleven_6281Résumé

Une pandémie foudroyante a décimé la civilisation. Une troupe d’acteurs et de musiciens nomadise entre de petites communautés de survivants pour leur jouer du Shakespeare. Ce répertoire classique en est venu à représenter l’espoir et l’humanité au milieu des étendues dépeuplées de l’Amérique du Nord.
Centré sur la pandémie mais s’étendant sur plusieurs décennies avant et après, Station Eleven entrelace les destinées de plusieurs personnages dont les existences ont été liées à celle d’un acteur connu, décédé sur scène la veille du cataclysme en jouant Le Roi Lear. Un mystérieux illustré, Station Eleven, étrangement prémonitoire, apparaît comme un fil conducteur entre eux…

logo coup de coeur

Avis de lecture

Ce roman a figuré d’emblée dans ma sélection de cette rentrée littéraire. S’il surfe avec le genre post-apocalyptique, il faut bel et bien le chercher en littérature étrangère. D’autres auteurs de cette rentrée littéraire empruntent ce chemin, telles Emmanuelle Pirotte avec De Profundis ou encore Catherine Mavrikakis avec  Oscar de Profundis.

Le roman s’ouvre sur une pièce de théâtre, le Roi Lear qu’interprète le célèbre Arthur Leander. Arthur meurt dès la 3e page, la veille du cataclysme. Deux éléments sont à retenir  : Arthur et cataclysme. L’un nous ramène dans le passé, l’autre nous plonge dans le présent, celui où l’humanité a été décimée de manière foudroyante. Mais entre les deux, des destins s’entrelacent, des existences sont bouleversés, des liens se créent avec comme dénominateur commun  : Arthur Leander.

Je pense que ce livre peut toucher le plus grand nombre, et je l’espère, car le qualifier de roman post-apocalyptique est un peu réducteur. Décrire le cataclysme, parler de survie, des communautés qui se sont créés, des dangers qui rôdent à cette sombre époque, Emily St John Mandel le fait avec précision. Les errances de la symphonie permettent de réaliser un panorama de ce qu’est ce présent. Mais cela ne constitue pas LA finalité de ce roman, c’est aussi un cadre pour mettre en scène des destins.

Il y a Arthur forcément, un homme pris dans la spirale de la célébrité, qui décide de s’en libérer, bien trop tard malheureusement. Tout au long du roman, l’auteure apporte un éclairage sur sa vie et aussi sur ses derniers instants. J’ai adoré ce personnage aux multiples facettes. Je me dois aussi de citer Kirsten, la petite fille de 8 ans qui était sur scène avec Arthur lorsqu’il est mort. Nous le retrouvons 20 ans plus tard en tant que membre de la Symphonie itinérante, une troupe qui voyage et joue les pièces de Shakespeare pour distraire et instruire les survivants. Comment a-t-elle fait pour survivre et rejoindre la troupe ? Toutes les réponses sont dans le roman. Autre figure importante, Clark qui invente le « musée des civilisations », ou encore le terrifiant Prophète. Repenser à tout cela me donne envie de me replonger dans le roman !

Le lien, c’est le mot clé de ce roman épatant. D’ailleurs j’ai parlé d’Arthur comme élément du passé, comme dénominateur commun, mais je dois aussi mentionner « Station Eleven ». Une BD de science-fiction dont il ne faut pas sous-estimer le rôle. Je l’interprète, entre autre, comme un moyen de parler de la force de l’écrit. De même le musée de la civilisation ou la Symphonie itinérante nous rappelle l’importance de l’héritage culturel et de la mémoire.

Pour finir je vous encourage à découvrir ce roman qui n’est ni pessimiste, ni inquiétant, à l’inverse d’autres dans son genre. C’est un roman lumineux, résolument optimiste, il n’y a qu’à en lire les dernières lignes. « S’il existe de nouveau des villes aux rues éclairées, s’il existe des symphonies, des journaux, quelles autres surprises peut receler ce monde qui s’éveille.« p. 474.

Une dernière chose, Emily St John Mandel n’en est pas à son premier roman, elle est également l’auteure de plusieurs thrillers. Soyez sûr que je vais m’en procurer un bientôt ! A suivre donc …. et bonne lecture.

Sortie : août 2016

Titre original : Station eleven

Vous pouvez maintenant me retrouver sur instagram.

« Beaux rivages », de Nina Bouraoui

beaux rivagesRésumé

C’est une histoire simple, universelle. Après huit ans d’amour, Adrian quitte A. pour une autre femme : Beaux rivages est la radiographie de cette séparation.
Quels que soient notre âge, notre sexe, notre origine sociale, nous sommes tous égaux devant un grand chagrin d’amour.
Les larmes rassemblent davantage que les baisers.
J’ai écrit Beaux rivages pour tous les quittés du monde. Pour ceux qui ont perdu la foi en perdant leur bonheur. Pour ceux qui pensent qu’ils ne sauront plus vivre sans l’autre et qu’ils ne sauront plus aimer. Pour comprendre pourquoi une rupture nous laisse si désarmés. Et pour rappeler que l’amour triomphera toujours. En cela, c’est un roman de résistance.

Notation sur 5

Intrigue4 scarabees

Personnages4 scarabees

Écriturecinq scarabees

Avis de lecture

C’est avec Nina Bouraoui que je démarre cette rentrée littéraire. Elle écrit un roman sur la rupture amoureuse, sur l’après-rupture. Ce n’est pas un roman vers lequel je serais aller spontanément, mais voir l’auteure en parler m’en a donné envie.

Adrien rompt avec A. après 8 ans de vie de couple à distance. La rupture est brutale, froide, par SMS. Commence alors « l’autopsie » de cette rupture. A revient sur son histoire avec Adrien, l’analyse, cherche des éléments pour comprendre, trouver des signes qui lui auraient échapper. Elle rumine beaucoup, mais doit tourner la page sur son couple.

Les étapes du deuil amoureux sont là : le déni, la tristesse, la colère, la jalousie. Je reviendrai sur la colère et la jalousie, sentiments nourris par les réseaux sociaux. En effet, A apprend qu’Adrien l’a trompée avant d’avoir rompu. Ultime provocation que lui fait celle qui l’a évincée en publiant des clichés de leur relation. Ceci alimente ainsi son ressentiment, sa jalousie et donne lieu à des passages vraiment intéressants. L’impact des nouveaux canaux de communication sur une relation amoureuse ou sur une rupture sont clairement abordés ici, avec les addictions que cela engendre et les dérives aussi. Enfin, si elle parle de la rupture, la reconstruction compte tout autant. Ce que traverse A sont autant d’étapes qui vont l’y amener.

Tout au long de ce roman, Nina Bouraui nous entraine au plus près des pensées et des sentiments, sans tomber dans le pathos. J’ai été emportée tant par le récit, que par son écriture sensible et rythmée, non dénué d’humour d’ailleurs.

Date : août 2016