« Les morsures de l’ombre », de Karine Giebel

morsuresRésumé

Une femme. Rousse, plutôt charmante. Oui, il se souvient. Un peu… Il l’a suivie chez elle… Ils ont partagé un verre, il l’a prise dans ses bras… Ensuite, c’est le trou noir. Quand il se réveille dans cette cave, derrière ces barreaux, il comprend que sa vie vient de basculer dans l’horreur. Une femme le retient prisonnier. L’observe, le provoque, lui fait mal. Rituel barbare, vengeance, dessein meurtrier, pure folie ? Une seule certitude : un compte à rebours terrifiant s’est déclenché. Combien de temps résistera-t-il aux morsures de l’ombre ?

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Avis de lecture

J’ai découvert Karine Giebel avec « Juste une ombre », et c’est avec l’assurance que je vais à nouveau apprécier son roman que je débute celui-ci.

Le début est très efficace, l’intrigue démarre rapidement. Le premier chapitre donne le ton. Des phrases courtes, un texte haché qui donne du rythme et beaucoup de dialogues. Ce qui donne un roman sans temps morts.

Nous sommes dans un huis clos. Lydia a enfermé Benoît dans une cage. Elle joue avec, elle veut lui faire mal, pour le mal qu’il aurait fait, et celui qu’il lui aurait fait aussi d’une certaine façon. Mais de quoi l’accuse-t-elle ? Très vite, se met en place un dialogue de sourd : tu es coupable, je suis innocent. Qui dit la vérité ? J’ai craint que cela fasse vite tourner l’intrigue en rond, mais je me suis trompée. Ce « jeu de questions » sert à distiller des éléments pour répondre aux questions que l’on se pose . L’auteursème au passage un peu plus de confusion dans notre esprit.

Il y a ce qu’il se passe entre le prisonnier et son geôlier, mais n’oublions pas qu’il est commissaire. Sa disparition va vite alerter son entourage et soulever de nombreuses questions et surtout des révélations.  Il serait facile de se prendre de pitié pour Benoît, mais Karine Giebel construit un personnage complet dont elle nous montre la force de caractère et les travers. Ce que j’aime surtout c’est qu’elle mène son roman sans ménager ses personnages, et le lecteur. La tension est palpable, l’ambiance oppressante par moment, d’autant plus lorsque les fils de l’intrigue commencent à se rejoindre. Et je n’oublie pas cette fin qui est à la hauteur. Que demander de plus. Une fois encore, elle m’a convaincue.

« Station Eleven », d’Emily St John Mandel

Station-eleven_6281Résumé

Une pandémie foudroyante a décimé la civilisation. Une troupe d’acteurs et de musiciens nomadise entre de petites communautés de survivants pour leur jouer du Shakespeare. Ce répertoire classique en est venu à représenter l’espoir et l’humanité au milieu des étendues dépeuplées de l’Amérique du Nord.
Centré sur la pandémie mais s’étendant sur plusieurs décennies avant et après, Station Eleven entrelace les destinées de plusieurs personnages dont les existences ont été liées à celle d’un acteur connu, décédé sur scène la veille du cataclysme en jouant Le Roi Lear. Un mystérieux illustré, Station Eleven, étrangement prémonitoire, apparaît comme un fil conducteur entre eux…

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Avis de lecture

Ce roman a figuré d’emblée dans ma sélection de cette rentrée littéraire. S’il surfe avec le genre post-apocalyptique, il faut bel et bien le chercher en littérature étrangère. D’autres auteurs de cette rentrée littéraire empruntent ce chemin, telles Emmanuelle Pirotte avec De Profundis ou encore Catherine Mavrikakis avec  Oscar de Profundis.

Le roman s’ouvre sur une pièce de théâtre, le Roi Lear qu’interprète le célèbre Arthur Leander. Arthur meurt dès la 3e page, la veille du cataclysme. Deux éléments sont à retenir  : Arthur et cataclysme. L’un nous ramène dans le passé, l’autre nous plonge dans le présent, celui où l’humanité a été décimée de manière foudroyante. Mais entre les deux, des destins s’entrelacent, des existences sont bouleversés, des liens se créent avec comme dénominateur commun  : Arthur Leander.

Je pense que ce livre peut toucher le plus grand nombre, et je l’espère, car le qualifier de roman post-apocalyptique est un peu réducteur. Décrire le cataclysme, parler de survie, des communautés qui se sont créés, des dangers qui rôdent à cette sombre époque, Emily St John Mandel le fait avec précision. Les errances de la symphonie permettent de réaliser un panorama de ce qu’est ce présent. Mais cela ne constitue pas LA finalité de ce roman, c’est aussi un cadre pour mettre en scène des destins.

Il y a Arthur forcément, un homme pris dans la spirale de la célébrité, qui décide de s’en libérer, bien trop tard malheureusement. Tout au long du roman, l’auteure apporte un éclairage sur sa vie et aussi sur ses derniers instants. J’ai adoré ce personnage aux multiples facettes. Je me dois aussi de citer Kirsten, la petite fille de 8 ans qui était sur scène avec Arthur lorsqu’il est mort. Nous le retrouvons 20 ans plus tard en tant que membre de la Symphonie itinérante, une troupe qui voyage et joue les pièces de Shakespeare pour distraire et instruire les survivants. Comment a-t-elle fait pour survivre et rejoindre la troupe ? Toutes les réponses sont dans le roman. Autre figure importante, Clark qui invente le « musée des civilisations », ou encore le terrifiant Prophète. Repenser à tout cela me donne envie de me replonger dans le roman !

Le lien, c’est le mot clé de ce roman épatant. D’ailleurs j’ai parlé d’Arthur comme élément du passé, comme dénominateur commun, mais je dois aussi mentionner « Station Eleven ». Une BD de science-fiction dont il ne faut pas sous-estimer le rôle. Je l’interprète, entre autre, comme un moyen de parler de la force de l’écrit. De même le musée de la civilisation ou la Symphonie itinérante nous rappelle l’importance de l’héritage culturel et de la mémoire.

Pour finir je vous encourage à découvrir ce roman qui n’est ni pessimiste, ni inquiétant, à l’inverse d’autres dans son genre. C’est un roman lumineux, résolument optimiste, il n’y a qu’à en lire les dernières lignes. « S’il existe de nouveau des villes aux rues éclairées, s’il existe des symphonies, des journaux, quelles autres surprises peut receler ce monde qui s’éveille.« p. 474.

Une dernière chose, Emily St John Mandel n’en est pas à son premier roman, elle est également l’auteure de plusieurs thrillers. Soyez sûr que je vais m’en procurer un bientôt ! A suivre donc …. et bonne lecture.

Sortie : août 2016

Titre original : Station eleven

Vous pouvez maintenant me retrouver sur instagram.

« La fin du monde « , de Fabrice Colin

fin du mondeRésumé

Lorsque la première bombe atomique explose au-dessus de San Francisco, Jim Thompson veut croire qu’un avenir existe encore. Hélas! Aux quatre coins du globe, une guerre nucléaire totale se propage. L’un après l’autre, tous les pays sont rayés de la carte : le pire des scénarios est devenu réalité. Chine, Égypte, France, États-Unis… Séparés par des milliers de kilomètres, quatre adolescents aux destins mystérieusement liés s’efforcent d’échapper à l’inéluctable et de rallier une base secrète du Groenland. Mais peut-on survivre à la fin du monde ?

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Amateurs de fin du monde, ce livre est pour vous. Ici, elle n’a pas encore eu lieu, non, elle est  en train de se réaliser et c’est glaçant de réalisme.

Tout d’abord, Fabrice Colin nous fait vivre cela à travers des personnages vivant aux 4 coins du monde :  Jim, fils d’un membre du gouvernement américain, que son père averti du désastre à venir ; François, un jeune homme parisien dont la mère atteinte d’une maladie neurologique revient d’un séjour en Chine après une « opération de la dernière chance » ; Hafsa, une jeune cairote qui a tenté de se faire exploser il y a quelques années en Iran et aujourd’hui sous la protection d’un membre du gouvernement américain ; et Xian, un jeune chinois qui découvre que son père entretient un liaison avec une française. Fabrice Colin a tissé une toile autour d’eux, et pour chacun le but est de survivre.

Leur quotidien va être bouleversé. Ils vont être témoins de la fin du monde. La peur d’une guerre nucléaire est très présente. 5 bombes nucléaires ont ravagé une partie des États-Unis, la riposte ne tarde pas à venir. L’escalade de la violence, la panique, la fuite des habitants des grandes villes entraînant des bouchons, la terreur, la violence qui se répand…

Je précise que ce n’est pas un roman sur la guerre nucléaire. Les motifs de cette attaque contre les États-Unis n’est pas développé par exemple. L’auteur ne dote pas son récit d’une dimension politique, géopolitique. Il met en avant des destins confrontés à cette situation, et c’est ce qui lui importe le plus, comme il le dit en postface. Cela rend le roman encore plus fort, mais je suis frustrée de savoir qu’il y a une suite qui n’est pas disponible. J’ai envoyé un mail sur la page facebook de l’auteur afin de savoir si une sortie est prévue prochainement. Je ne mettrai à jour l’article si j’ai une réponse .

Fabrice Colin s’illustre dans beaucoup de genres : jeunesse, BD, thriller, littérature. Ici, il ne semble pas avoir voulu écrire sur ce sujet sans but. Qu’en est-il l'(in)utilisation de l’arme ultime, du traité de non-prolifération nucléaire ? La bombe nucléaire comme outil dissuasif, garantit-elle l’équilibre ? Il pose des questions dans la postface, apporte des réponses et donne surtout envie d’approfondir ce sujet important.

 

 

« Rever », de Franck Thilliez

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 » Pour la plupart des gens, le rêve s’arrête au réveil. « 
Si ce n’étaient ses cicatrices et les photos étranges qui tapissent les murs de son bureau, on pourrait dire d’Abigaël qu’elle est une femme comme les autres.
Si ce n’étaient ces moments où elle chute au pays des rêves, on pourrait jurer qu’Abigaël dit vrai.
Abigaël a beau être cette psychologue qu’on s’arrache sur les affaires criminelles difficiles, sa maladie survient toujours comme une invitée non désirée. Une narcolepsie sévère qui la coupe du monde plusieurs fois par jour et l’emmène dans une dimension où le rêve empiète sur la réalité. Pour les distinguer l’un de l’autre, elle n’a pas trouvé mieux que la douleur.

Comment Abigaël est-elle sortie indemne de l’accident qui lui a ravi son père et sa fille ? Par quel miracle a-t-on pu la retrouver à côté de la voiture, véritable confetti de tôle, le visage à peine touché par quelques bris de verre ? Quel secret cachait son père qui tenait tant, ce matin de décembre, à s’exiler pour deux jours en famille ? Elle qui suait sang et eau sur une affaire de disparitions depuis quelques mois va devoir mener l’enquête la plus cruciale de sa vie. Dans cette enquête, il y a une proie et un prédateur : elle-même.

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Avis de lecture

Après Caryl Férey, c’est un autre auteur confirmé que je découvre avec plaisir (je pourrais ajouter : enfin !). Il a suffi que je rencontre l’auteur pour me laisser tenter par son dernier né.

Abigail est le personnage central de ce roman. Elle est psychologue, elle a un cabinet. Elle exerce aussi dans le cadre d’affaires criminelles, mais ce qui la rend particulière c’est sa maladie :  la narcolepsie, très sévère, dont elle souffre. Une bonne partie du roman tourne autour d’elle, de l’accident auquel elle a miraculeusement survécu et de l’après-accident. Un après peuplé de cauchemars, de confusion entre le rêve et la réalité, qui mène Abigail vers des chemins dangereux.

Ces chemins dangereux l’amènent d’abord sur les traces du secret de son père, mais aussi sur les traces de Freddy. Abigail a en effet repris son travail sur l’affaire qui porte ce même nom Freddy et des 4 enfants disparus.

Pour nouer divers fils narratifs, Thilliez utilise une  timeline de manière efficace et maîtrisée. Il  découpe volontairement l’action et distille l’information . Exemple : un des enfants est sauvé. L’information arrive brusquement, passerait presque inaperçu étant donné qu’elle ne prend qu’une phrase et que l’auteur ne s’y attarde pas. Il ne reste plus qu’à savoir  comment, pourquoi et quand ? Ces va-et-vient sur la timeline nous plonge toujours plus loin, sur des chemins sombres au côté d’Abigail.

La dimension cauchemardesque arrive plutôt en fin de roman, lorsque l’on apprend le fin mot de l’histoire sur son accident (quel claque !) et le lien avec l’enquête menée tout au long du roman. La psychose, la paranoïa d’Abigail gagne en puissance.

Si tous les romans de Thilliez sont aussi habiles, je vais adorer !

Sortie : juin 2016

« En attendant Bojangles », d’Olivier Bourdeaut

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Sous le regard émerveillé de leur fils, ils dansent sur « Mr. Bojangles » de Nina Simone. Leur amour est magique, vertigineux, une fête perpétuelle. Chez eux, il n’y a de place que pour le plaisir, la fantaisie et les amis.
Celle qui donne le ton, qui mène le bal, c’est la mère, feu follet imprévisible et extravagant. C’est elle qui a adopté le quatrième membre de la famille, Mademoiselle Superfétatoire, un grand oiseau exotique qui déambule dans l’appartement. C’est elle qui n’a de cesse de les entraîner dans un tourbillon de poésie et de chimères.
Un jour, pourtant, elle va trop loin. Et père et fils feront tout pour éviter l’inéluctable, pour que la fête continue, coûte que coûte.
L’amour fou n’a jamais si bien porté son nom.

logo coup de coeurAvis de lecture

J’ai voulu lire ce roman dont tout le monde parle, ce 1er roman qui fait l’unanimité et qui a créé la surprise cette hiver. Pour moi, ça a été une vraie bouffée d’air frais.

Deux voix se côtoient. C’est avec celle de l’enfant que le récit débute. La première page donne le ton du roman, un brin drôle et léger avec une dose de naïveté propre à son âge. Toute la fantaisie de ce roman nous apparait également dès les premières pages. Ce fils nous raconte des épisodes de son quotidien, de son enfance, mais nous parle aussi de l’amour fou qui unit ses parents. Quelle vie fantasque ! Ils dansent le matin, l’après-midi , la nuit, partout. Ils rient dans le salon, reçoivent des amis, accumulent le courrier sans jamais l’ouvrir, boivent des « cocktails fous avec des ombrelles, des olives » et reçoivent beaucoup. S’il se rend compte de sa différence, par exemple à l’école, il apprécie cette fantaisie. Pour autant, la vie à l’école et la vie chez ses parents semblent incompatibles. La vérité chez les uns passe pour un mensonge chez les autres. Cela donne lieu à des passages très drôles.

L’autre voix, celle que je ne m’attendais pas à entendre, c’est celle du père. Ce sont des extraits de ses carnets, en italique dans le texte. Il y transcrit d’abord l’histoire de sa rencontre avec sa femme, puis leur vie ensemble, qui peu à peu se  teinte d’une certaine mélancolie.

Un jour pourtant, tout bascule. Le père et le fils sont anéantis, mais la vie reprend le dessus, avec ce grain de fantaisie, d’extravagance qui n’appartient qu’à eux, car pas question de vivre sans elle.

J’espère que vous ne résisterez pas à ce récit drôle et faussement naïf. C’est l’histoire magnifique d’un amour hors norme, raconté avec beaucoup de tendresse, à travers le regard d’un fils et d’un mari et porté par une écriture ensorcelante.

Extrait p37 : « A l’école, rien ne s’était passé comme prévu, alors vraiment rien du tout, surtout pour moi. Lorsque je racontais ce qui se passait à la maison, la maîtresse ne me croyait pas et les autres élèves non plus, alors je mentais à l’envers. Il valait mieux faire comme ça pour l’intérêt général et surtout pour le mien. »

Extrait des carnets du père, p.55 : « Son comportement extravagant avait rempli toute ma vie, il était venu se nicher, dans chaque recoin, il occupait tout le cadran de l’horloge, y dévoran chaque seconde. Cette folie je l’avais accueilli les bras ouverts, puis je les avais refermé pour la serrer fort et m’en imprégner, mais je craignais qu’une telle folie douce ne soit pas éternelle… »

Sortie : janvier 2016

 

 

« Les vestiges de l’aube », de David S. Khara

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Depuis les attentats du 11 septembre, Barry Donovan est dévoré par le désespoir. Et ce n’est pas son métier de flic, dans un New York accablé par la criminalité, qui lui remonte le moral.
Son seul réconfort : les conversations virtuelles qu’il entretient chaque soir avec un certain Werner Von Lowinsky, aristocrate cultivé et apaisant. Peu à peu, sans s’être jamais rencontrés, ils deviennent amis, se confiant leurs préoccupations les plus secrètes, échangeant sur les sujets les plus intimes.
Mais Barry ignore encore que Werner n’est pas un homme comme les autres…

Des collines de Virginie au cœur de Manhattan, de la guerre de Sécession au XXIe siècle, des flics aux vampires, David S. Khara prouve ici qu’il a trouvé sa voie.

Notation sur 5

Intrigue4 scarabees

Personnages cinq scarabees

Écriture cinq scarabees

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Avis de lecture

J’ai acheté ce livre au salon du livre de Paris cette année. Je n’avais pas prévu d’arrêt au stand 10-18, mais quand j’ai vu que David S. Khara y était assis, j’ai repensé au bien qu’on m’avait dit de son livre Les vestiges de l’aube. J’ai enfin trouvé le temps de le lire et quel timing ! Je vous disais dans le précédent article que j’attendais la suite en format poche et quelques jours plus tard, qu’est-ce que je trouve au rayon polar ? Une nuit éternelle en poche. Par contre, j’ai finalement 3 ou 4 livres qui passeront avant, je tâcherai de l’attaquer assez vite.

Mon impression au commencement

Après un court et bon prologue, le 1er chapitre amorce l’intrigue du roman simplement et efficacement. Le 2e chapitre, nous fait entrevoir l’autre dimension du roman, celle qui m’a motivé à lire cet auteur. En italique, Werner livre ses pensées, se présente ici. Mort oui, vampire certes, mais redoutable chasseur non. Il me fait l’effet d’un être fin, cultivé, curieux, dont la découverte d’internet a bouleversé l’existence. A la lecture du chapitre suivant, on se rend compte qu’il y a un enjeu autour de cette rencontre entre les deux hommes, qui s’avère important pour l’un comme pour l’autre. Un très bon début !!!

Ce que j’ai pensé de la trame

L’auteur amorce une enquête et s’attache à développer la relation de Werner et Barry. La seconde aura un impact considérable sur première. L’auteur réussit à nouer le tout de manière intéressante. Mais je ne dirais pas que l’une ou l’autre des facettes du livre ( facette policière ou fantastique) prend le pas sur l’autre. Il y a un bon équilibre qui permet à l’auteur de ne pas négliger la qualité de l’enquête, ou encore la part de mystère de Werner.

Mais je reconnais que pour parler de ce livre, c’est sous l’angle de l’amitié entre Werner et Barry qu’on y arrive. Barry et Werner sont à un moment de leur existence où leur rencontre s’avèrent capitale, et revêt une importance majeure dans l’existence de chacun. On sent qu’ils ont autant besoin l’un de l’autre de ces discussions, et en tant que lectrice je guettais ces moments. Lorsque la rencontre survient, se pose alors pour Werner la question de révéler son identité ou pas.

Que je suis contente d’avoir eu entre les mains un roman avec un vampire digne de ce nom. Un vampire qui paraitrait presque humain par ses sentiments, mais sa nature, sa force physique, ses dons sont là pour nous rappeler à qui nous avons affaire : un être qui peut « faire perdre la raison à sa victime en un battement de cils ». Il y a aussi ce charme mystérieux qui va toujours si bien aux vampires. Enfin, sa présence pose aussi une question : qui est l’ennemi ici ? Au regard de l’histoire de Werner, de ce qu’il est et ce qu’il accomplit, au regard du travail de Barry, c’est l’Homme qui semble tout désigner. Mais pour Barry, les choses ne seront peut-être pas aussi limpide…

Les personnages

Le premier portrait de Barry nous est livré par Werner dès le début p21. L’auteur nous transmet des données pour mieux appréhender Barry avant  qu’il entre en scène, mais je note qu’au sujet de Werner, il demeure plus vague (mystère oblige) se basant davantage sur l’image que s’en fait Barry, ce qui influence aussi notre façon de le voir.

Werner a vécu la guerre de Sécession, Barry le 11 septembre. Pour tous les deux, la vie a basculé au cours de ces évènements, laissant des blessures, une certaine fragilité. Après de tels évènements, c’est une quête d’un sens à donner à sa vie qui survient. Très vite, il apparait que tous deux ont besoin l’un de l’autre. L’histoire de ces deux personnages vous touchera forcément.

Conclusion

Un très bon livre qui nous emmène loin du simple roman policier. Un mix de genre réussi, un suspens à la fin qui soulève de nouvelles questions au sujet du vampire. J’espère que je vais autant me régaler avec Une nuit éternelle !

Sortie : novembre 2014

« La terre qui penche », de Carole Martinez

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Blanche est morte en 1361 à l’âge de douze ans, mais elle a tant vieilli par-delà la mort! La vieille âme qu’elle est devenue aurait tout oublié de sa courte existence si la petite fille qu’elle a été ne la hantait pas. Vieille âme et petite fille partagent la même tombe et leurs récits alternent.
L’enfance se raconte au présent et la vieillesse s’émerveille, s’étonne, se revoit vêtue des plus beaux habits qui soient et conduite par son père dans la forêt sans savoir ce qui l’y attend.
Veut-on l’offrir au diable filou pour que les temps de misère cessent, que les récoltes ne pourrissent plus et que le mal noir qui a emporté sa mère en même temps que la moitié du monde ne revienne jamais?
Par la force d’une écriture cruelle, sensuelle et poétique à la fois, Carole Martinez laisse Blanche tisser les orties de son enfance et recoudre son destin. Nous retrouvons son univers si singulier, où la magie et le songe côtoient la violence et la truculence charnelles, toujours à l’orée du rêve mais deux siècles plus tard, dans ce domaine des Murmures qui était le cadre de son précédent roman.

Notation sur 5

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Avis de lecture

J’ai bien aimé Du domaine des Murmures, son précédent roman, qui évoquait le parcours d’Esclarmonde, qui après s’être emmurée, avoir connu l’expérience de la maternité, et voir le monde s’agiter autour d’elle, ne peut finalement s’empêcher de vouloir y prendre part. Je me souvient aussi que la poésie de son écriture, de son talent de conteuse. Alors lorsque j’ai appris la sortie de La Terre qui penche… A la lecture du résumé, je me disais déjà que j’allais aimer ce roman et cela s’est confirmée !!!

Mon impression au commencement

La terre qui penche est un récit à deux voix : celui de la Vieille âme et de la Petite fille. Deux entités qui ne forment qu’une seule est même personne. La première a oublié ce que fut son existence, ou plutôt son enfance,  mais la voix de la petite fille est là pour tout lui raconter. Dès le début, une donnée entre en jeu : on sait qu’à 12 ans elle meurt, reste à savoir dans quelle circonstance… On voit donc ce petit brin de fille, ce « chardon », dont le fort caractère se devine d’entrée de jeu, s’interroger, s’angoisser de ce voyage qu’elle fait, vêtue des plus beaux vêtements qu’elle n’ait jamais porté. Son arrivée aux Murmures est auréolé d’une atmosphère étrange, sombre : p57 « Quelque chose serpente dans les profondeurs de cette vallée[…] Mort ou diable, quelque chose  est tapi là-dedans, qui nous guette. » Jusqu’ici, j’adore !!!

Ce que j’ai pensé de la trame

Rien n’est figé dans le roman et les voix de la Vieille âme et de la Petite fille s’alternent, parfois deux chapitres de suite sont consacrés à une des deux. La Petite fille se livre au récit de son enfance qui est rythmée par les souvenirs (son arrivée aux domaine des Murmures et la vie qu’elle y menait), et une pointe de mystère autour de son père (figure autoritaire de prime abord) et de sa naissance. A partir du moment où elle débarque au Domaine des Murmures, la question des circonstances de sa naissance est abordée par l’effroyable Bouc puis d’autres personnages qui ne finissent jamais leur récit, ce qui met à mal la curiosité de Blanche, mais aussi la nôtre. Parler de sa naissance, c’est aussi parler de sa mère, dont elle ne garde pas de souvenirs, et de son terrible père.

Lorsque la Vieille âme prend la parole, un souvenir resurgit de temps à autre. Mais ce qui la caractérise c’est le distance qu’elle prend avec tout cela, avec ce qu’elle raconte de Blanche. La Vieille âme a un regard sur « le présent », sur le Domaine des Murmures à diverses époques aussi. Ces deux voix se répondent, se complète finalement.

Plusieurs choses m’ont particulièrement plu dans ce récit : la présence de chants (certains sont imaginés par l’auteure) qui s’insèrent dans le corps du récit ; le thème de l’écriture et de la lecture à cette époque où seule une élite y avait accès. Le père de Blanche refusait que ses filles apprennent, pour que le diable n’entrent pas en elle. Mais Blanche, curieuse et avide d’apprendre, s’émancipe de son père et s’instruit grâce au seigneur des Murmures. Il y a aussi des passages forts comme à la page 207-208 où il est question de la relation de l’homme à Dieu, des paroles qui résonnent avec notre temps. Il y a cette phrase de la Vieille âme par exemple p 208 qui est très évocatrice :  » Moi qui suis morte, je peux rire tout mon saoul des ambitieux qui se rêvent des saints en agitant l’épée du sacrifice. Je peux rire de ceux qui utilisent Dieu comme prétexte pour asseoir leur pouvoir ».

Mais le plus beau passage de ce roman, selon moi, reste cette tirade d’un père au chevet de son fils (p171), celle d’un père qui lui proclame son amour, en racontant comment il s’est découvert père à sa naissance, lui son dernier fils. Ce passage est de toute beauté. L’amour est d’ailleurs un thème récurrent ici : celui d’un père, d’une mère, d’un amant ou d’un mari. Un amour qui n’est pas toujours bon et qui peut s’avérer nuisible pour soi ou pour autrui. Par exemple Aelis, la femme du seigneur des Murmures, se trouve enfermer dans un amour à sens unique depuis de nombreuses années.

Enfin, je suis obligée d’évoquer l’incursion du merveilleux dans ce roman à plusieurs reprises, mais je vous parlerai ici plutôt de quelque chose qui évoque un conte populaire de Grimm. Ici, j’ai l’impression que l’auteur a voulu faire écho à Hansel et Gretel, lorsque Blanche et Aymon arrivent devant une maison au milieu de la forêt, habitée par la cuisinière Guillemette, autrefois au service du seigneur des Murmures. Bon ce n’est pas une méchante sorcière, loin de là, mais l’évocation ma semblait clair à la lecture. Guillemette semble vivre hors du temps, dans un lieu difficilement accessible par tout un chacun et dont on ne sort pas facilement non plus, ce qui sauve d’ailleurs les deux enfants de leurs poursuivants.

Ce roman est l’histoire d’une enfant qui quitte l’enfance, c’est une nouvelle fois le portrait d’une jeune fille qui ne renonce pas et veut se faire une place aux Domaine des Murmures.

Les personnages

Je vous ai déjà parlé de Blanche, de son tempérament. C’est un personnage aux multiples facettes, mais pas que de bonnes. Elle peut se montrer très jalouse par exemple lorsqu’il s’agit de son promis. Dans sa quête de vérité qui l’amène à en savoir plus sur sa mère et son père, elle rencontre divers personnages dont la géante verte qui a un passif particulier avec es hommes, dont le père de Blanche. La géante verte appartient aussi aux anciennes croyances dont les homme de cette époques se méfie. Enfin cette dernière est, aussi associé à la Loue, cette rivière sauvage. Personnage à part entière, la Loue a ses humeurs, elle est caractérielle, elle tue, elle se venge. Cela est établi dès le début du récit et elle est au centre de beaucoup de  choses dans le roman.

Conclusion

L’histoire de Blanche, cette petite fille qui veut apprendre, se noue et se dénoue au fil des pages. C’est un régal pour moi de me replonger dans la plume de Carole Martinez, qui signe un roman fort, mystérieux et si plein des émotions des Hommes. Bref, un grand coup de cœur.

Sortie : août 2015

« La tyrannie des apparences », de Valérie Clo

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Pour ses dix-huit ans, Thalia reçoit de ses parents le plus beau des cadeaux : ses premières injections pour vieillir prématurément sa peau. Elle sait qu’être jeune est la pire des conditions. Elle a beau teindre ses longs cheveux en gris, elle reste laide. Le monde a bien changé. La jeunesse est devenue maudite et chaotique. Désormais, la vraie vie commence à cinquante ans et le pouvoir est aux mains des anciens. Le père de Thalia, vieillard tout puissant, pense à l’avenir de sa fille et décide qu’il est grand temps de la marier à un homme d’âge mûr. En effet, rien n’est plus choquant et socialement déplacé que de s’unir entre jeunes… Thalia faillira-t-elle à l’ambition de son père ?

Notation sur 5

Intrigue cinq scarabees

Personnages cinq scarabees

Écriture cinq scarabees

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Avis de lecture

Tout d’abord, je remercie les éditions Buchet Chastel et Babelio, pour m’avoir envoyé un formidable roman. Je n’aurais pas voulu passer à côté. Valérie Clo signe un roman d’anticipation efficace dans lequel elle prend le contre-pied de notre société actuelle, ouvrant une réflexion sur la société et ses dérives, les diktat de la mode, la tendance au jeunisme par exemple, le tout en restant divertissant.

Mon impression au commencement

C’est un petit roman et l’auteure a adopté un style précis bannissant toutes descriptions et dialogues inutiles, si bien que 5 pages suffisent pour nous fournir tout un tas d’informations sur Thalia, ses parents, la société en place, etc. Pour vous en dire un peu plus, disons que Thalia, la narratrice, a bientôt 18 ans. Elle est impatiente d’accueillir ses premières rides et nous fournit de belles descriptions de ses parents : « sa peau est plissée avec harmonie et délicatesse…. les pattes autour des yeux forment un éventail gracieux qui lui donnent un air doux et rassurant » p12. J’aime d’emblée la tournure que prend ce roman. Thalia est privilégiée de part le statut de son père. Elle a aussi une passion peu commune, et surtout mal vu par son entourage, pour l’Histoire. C’est cela qui la différencie des autres jeunes, ce regard vers le passé avec un intérêt tout particulier pour cette période où « les jeunes avaient le pouvoir », mais, pour le moment, Thalia rentre dans le moule de la société et ne semble pas vouloir en dévier.

Ce que j’ai pensé de la trame

Thalia est une jeune femme qui subit une grande pression de ses parents et cela lui pèse. Elle nous raconte sa première séance de vieillissement, le travail de son père, des recherches qu’elle fait à la bibliothèques. Tout est prétexte à nous immerger dans cette société, à nous familiariser avec elle à travers le quotidien de notre narratrice. La jeunesse dégoûte, on le voit notamment lors de rendez-vous organisés par le paternel avec un possible prétendant d’au moins 20 ans plus vieux que Thalia. A savoir que c’est un statut que chacun a hâte de quitter pour enfin s’accomplir. Lorsque Thalia découvre l’existence d’un monde dont plus personne ne parle, celui où la jeunesse était envié (à son plus grand étonnement), la curiosité l’emporte. Elle découvre un livre qu’elle lit en secret, celui de Laura Franck, la cinquantaine et prête à se faire opérer pour paraitre plus jeune. Le comble pour notre narratrice.

Là le récit prend une tournure vraiment intéressante. L’auteur intègre à son récit des passages du livre de Laura Franck en alternance avec le récit de Thalia. Peu à peu, nous la voyons changer, s’interroger, devenir rebelle. Dans un récit comme dans l’autre se pose c’est toujours la même question des apparences finalement et nos deux héroïnes vont faire face.

Les personnages

Nous avons une petite poignée de personnages affirmés, qui gravitent tous autour de notre héroïne que j’ai tout de suite apprécié. Dès le début, elle porte un regard pas forcément critique, mais franc sur son époque. On devine dès le début qu’elle sera tiraillée entre son avenir auquel elle semble adhérer et son intérêt pour l’Histoire. L’auteur la fait doucement progresser dans ce sens.

Et il y a Loïs, ce jeune homme en perdition, désapprouvé par son père, parce qu’il ne partage pas l’ambition de ses contemporains, un personnage qui compte autant que Laura Franck dans le récit.

Conclusion

Nous sommes dans une société futuriste qui tient la route, nous avons une héroïne qui commence à remettre en question le modèle dans lequel elle a grandi et dans lequel elle se projetait, mais attention pas de grand soulèvement contre le système à la Hunger Games. Non, ici l’histoire reste centrée sur le destin que se choisira Thalia. J’ai tout apprécié dans ce livre et j’ai trouvé particulièrement habile la manière dont l’auteure fait se rejoindre les deux époques mais cela vous le comprendrait à la lecture du roman.