« Valet de pique », de Joyce CarolOates

oates-valet-de-piqueRésumé

Quel auteur n’envierait-il pas le sort de Andrew J. Rush ? Écrivain à succès d’une trentaine de romans policiers vendus à plusieurs millions d’exemplaires dans le monde, père de famille heureux, Andrew vit dans une petite ville du New Jersey où il trouve le calme nécessaire pour édifier son œuvre.
Mais Andrew a un secret que même ses plus proches ignorent : sous le pseudonyme de Valet de pique, il écrit des romans noirs, violents, pervers, romans publiés avec un énorme succès et qui scandalisent autant qu’intriguent le monde littéraire.
Pourtant, cet équilibre tout en dissimulation que Andrew a patiemment élaboré va être menacé. Au départ, la plainte d’une voisine, Mrs Haider, probablement un peu dérangée, qui l’accuse d’avoir plagié ses romans auto-publiés, accusation qu’elle avait déjà formulée dans le passé à l’encontre de Stephen King. Innocenté par le tribunal, Andrew sera néanmoins affolé par cette affaire, et des « fantômes » du passé vont se réveiller et tout chambouler. Un thriller magistral de Joyce Carol Oates, efficace, inquiétant, drôle aussi – jouant brillamment sur les références à Stevenson, Poe ou Stephen King. Un roman qui éclaire les forces noires manipulant la conscience d’un auteur à succès, et entraîne son lecteur hypnotisé sur une mince ligne de crête séparant génie et folie.

Notation sur 5

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Avis de lecture

Régulièrement, je vois un nouveau livre sorti aux éditions Philippe Rey et j’ai toujours eu envie de découvrir la plume de Joyce Carol Oates.  Je remercie Anaïs de l’Agence Anne et Arnaud ainsi que la maison d’édition pour cette très belle découverte.

Voici en 3 points ce qui m’a plu dans Le valet de pique :

Un personnage principal énigmatique : Qui est Andrew J. Rush ? Un auteur de thriller classique et très maîtrisé dans l’intrigue et la forme. Il produit des best-sellers, se voit  comparé à Stephen King (Stephen King du gentleman). Il nourrit une certaine obsession pour lui d’ailleurs, en attente d’une sorte de reconnaissance. C’est un bon père et mari… à première vue. Mais il cache quelque chose, un secret, un côté « noir » que tous ignorent et qui ne doit pas être découvert. Sous couvert d’un pseudonyme, il écrit des romans noirs « épouvantables, dépravé » (p.18), trash. Bref, des romans qu’il écrit avec ses tripes, si bien qu’il n’en garde jamais de vrais souvenirs. Dans ces moments-là , Andrew parait un autre, une autre personnalité a pris sa place…

Une intrigue efficace, une atmosphère inquiétante. Dès qu’Andrew se trouve accusé de plagiat, on sent une rupture, un changement chez ce personnage.  D’abord étonné, persuadé qu’il s’agit d’une regrettable erreur, il prend contact avec celle qui l’accuse : Mme Haider. Si seulement il s’était arrêté là, mais non… Il va faire des découvertes surprenantes. Une voix intérieur prend le dessus, celle du Valet de pique, et il aurait mieux fait de ne pas l’écouter. Andrew change. En lisant ce roman, notamment les passages se déroulant chez Mme Haider, ou quelques-uns se déroulant dans son « antre d’écrivain », il y a un glissement vers la folie, un soupçon de fantastique, une atmosphère qui m’a fait pensé à Allan Edgar Poe.

Du rythme et une intrigue qui ne ménage pas Andrew. Tout est dit dans cette phrase. J’ai adoré le style Joyce Carol Oates et le rythme insufflé à cette intrigue. C’est un  beau travail aussi réalisé par le traducteur ! Je n’ai pas évoqué les autres personnages, mais sa femme Irina est aussi intéressante, dans le sens où elle aussi a eu des ambitions d’écrivains. Elle y a renoncé, et s’est consacré à sa famille entre autre chose, mais cela suscite un sentiment de culpabilité chez Andrew.

Un très bon roman, qui met au cœur de l’intrigue un écrivain à succès, le processus d’écriture, un très bon thriller qui le plonge dans les ténèbres.

« Watership down » de Richard Adams

watershipdownRésumé

C’est dans les fourrés de collines verdoyantes et idylliques que se terrent parfois les plus terrifiantes menaces. C’est là aussi que va se dérouler cette vibrante odyssée de courage, de loyauté et de survie.
Menés par le valeureux Hazel et le surprenant Fyveer, une poignée de braves choisit de fuir l’inéluctable destruction de leur foyer. Prémonitions, malices et légendes vont guider ces héros face aux mille ennemis qui les guettent, et leur permettront peut-être de franchir les épreuves qui les séparent de leur terre promise, Watership Down. Mais l’aventure s’arrêtera-t-elle vraiment là ?
Aimé et partagé par des millions de lecteurs à travers le monde, l’envoûtant roman de Richard Adams fait partie de ces récits mythiques et hors du temps, une épopée sombre et violente, néanmoins parcourue d’espoir et de poésie. Vous sentirez le sang versé. Vous tremblerez face aux dangers. Vous craindrez la mort. Et, par dessus tout, vous ressentirez l’irrépressible désir de savoir ce qui va se passer.

Notation sur 5

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Personnages3 scarabees

Écriture3 scarabees

Avis de lecture

Watership down est réédité cette année par les éditions Monsieur Toussaint Louverture. Tout d’abord je remercie l’agence Anne et Arnaud pour cet envoi. Ce roman m’a tout de suite intriguée à cause de ces fameux lapins qui sont les personnages principaux. C’est aussi l’histoire même de ce roman édité en 1972 qui aiguise ma curiosité. Il semble avoir rencontré son public à travers le monde, avec 50 millions de livres vendus.

J’ai tout de suite adoré ce qui se dégage du livre (l’atmosphère, la douceur des descriptions…), le fait que l’auteur évoque très clairement les comportements des lapins. Ils se grattent l’oreille, ils ont le nez qui frétillent, ils bondissent, détalent au moindre soupçon de danger. Toute une organisation prend vie sous nos yeux, celle de la garenne, la place qu’occupent les lapins, etc. Les héros de ce roman sont de jeunes lapins vivant en marge de la « Hourda », un groupe de lapins plus âgé et plus intelligent/ou vigoureux. Si bien que lorsque Fyveer prédit un terrible malheur, peu sont enclin à l’écouter, pas même le maître de la garenne.

Pour Fyveer (lapin chétif) et son frère Hazel (le meneur du groupe), c’est le début d’une aventure qui va les emmener sur des territoires inconnus à a recherche d’une « terre promise ». Si certains passages m’ont paru longuets, c’est un livre dont je retiens plusieurs choses. D’abord, le fait d’être face à des lapins, donne plus de force aux idées que Richard Adams fait passer. Par exemple, il pose la question suivante : comment cohabiter ensemble ou avec d’autres sans nuire à l’environnement de chacun ? A travers cette histoire de lapin, c’est aussi le rapport de l’homme à la nature qui est traité.

Tout au long du livre, ils affrontent des épreuves, des dangers qu’ils surmontent, non sans marquer le groupe qu’ils forment. Je tiens aussi à évoquer l’imagination dont a fait preuve l’auteur pour inventer des mythes qui régissent la mémoire collective des lapins et que nous découvrons progressivement. Ces passages sont mes préférés.

Ce livre m’a plu, mais je regrette par moment d’avoir un peu décroché. Je pense que mon regard était déjà posé sur mes lecture à venir et j’avais hâte d’y arriver.

 

« Au commencement du septième jour », de Luc Lang

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4 h du matin, dans une belle maison à l’orée du bois de Vincennes, le téléphone sonne. Thomas, 37 ans, informaticien, père de deux jeunes enfants, apprend par un appel de la gendarmerie que sa femme vient d’avoir un très grave accident, sur une route où elle n’aurait pas dû se trouver. Commence une enquête sans répit alors que Camille lutte entre la vie et la mort. Puis une quête durant laquelle chacun des rôles qu’il incarne : époux, père, fils et frère devient un combat.
Jour après jour, il découvre des secrets de famille qui sont autant d’abîmes sous ses pas. De Paris au Havre, des Pyrénées à l’Afrique noire, Thomas se trouve emporté par une course dans les tempêtes, une traversée des territoires intimes et des géographies lointaines. Un roman d’une ambition rare.

Notation sur 5

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Avis de lecture

Le titre m’a intrigué, la quatrième de couverture promet de « l’action », un roman rythmé. Mais les quatrièmes de couvertures sont joueuses, parfois trompeuses avec le lecteur…

J’ai bien aimé les premières pages de ce roman. On sent la frustration, l’inquiétude, on vibre avec Thomas, dès les premières lignes. L’utilisation des points de suspensions est efficace. Mais l’écriture de Luc Lang peut aussi se faire pesante. Pas facile de reprendre son souffle dans ce texte compact. En effet, les dialogues sont incorporés dans le corps de texte, cela passe bien, mais y participe malgré tout. Je pense aussi à la grande précision des descriptions des trajets en voiture de Thomas, que j’ai fini par sauter. J’ai vu ce livre qualifié de page-turner par un libraire, pour moi c’est loin d’être le cas.

Le roman se découpe en 3 livres. Le premier est centré sur l’accident de Camille qui lutte entre la vie et la mort. J’ai été tenté d’abandonner ma lecture. La faute peut-être à l’idée que je me faisais de cette « enquête sans répit » que j’attendais. J’ai été un peu surprise par la manière brutale dont on passe au livre 2. Des questions surviennent au sujet de Camille mais pas vraiment de réponses. Il faut dire le sujet du roman est avant tout Thomas qui revêt, au fil de ces 3 livres, la casquette du père, du mari, du frère, du fils, ouvrant la porte à un lourd secret de famille. La complexité des relations entre Thomas, son frère et sa sœur est intéressante. C’est là que nous emmène l’auteur par la suite.

Luc Lang a écrit un roman très dense, et si je n’ai pas été réceptive à  son écriture, la fresque familiale qu’il dresse, est soutenu par des personnages forts qui restent en mémoire. Bref, j’ai ramé pour finir ce livre, c’est vrai, mais je voulais avoir le fin mot de l’histoire et je l’ai eu.

Sortie : août 2016

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« Station Eleven », d’Emily St John Mandel

Station-eleven_6281Résumé

Une pandémie foudroyante a décimé la civilisation. Une troupe d’acteurs et de musiciens nomadise entre de petites communautés de survivants pour leur jouer du Shakespeare. Ce répertoire classique en est venu à représenter l’espoir et l’humanité au milieu des étendues dépeuplées de l’Amérique du Nord.
Centré sur la pandémie mais s’étendant sur plusieurs décennies avant et après, Station Eleven entrelace les destinées de plusieurs personnages dont les existences ont été liées à celle d’un acteur connu, décédé sur scène la veille du cataclysme en jouant Le Roi Lear. Un mystérieux illustré, Station Eleven, étrangement prémonitoire, apparaît comme un fil conducteur entre eux…

logo coup de coeur

Avis de lecture

Ce roman a figuré d’emblée dans ma sélection de cette rentrée littéraire. S’il surfe avec le genre post-apocalyptique, il faut bel et bien le chercher en littérature étrangère. D’autres auteurs de cette rentrée littéraire empruntent ce chemin, telles Emmanuelle Pirotte avec De Profundis ou encore Catherine Mavrikakis avec  Oscar de Profundis.

Le roman s’ouvre sur une pièce de théâtre, le Roi Lear qu’interprète le célèbre Arthur Leander. Arthur meurt dès la 3e page, la veille du cataclysme. Deux éléments sont à retenir  : Arthur et cataclysme. L’un nous ramène dans le passé, l’autre nous plonge dans le présent, celui où l’humanité a été décimée de manière foudroyante. Mais entre les deux, des destins s’entrelacent, des existences sont bouleversés, des liens se créent avec comme dénominateur commun  : Arthur Leander.

Je pense que ce livre peut toucher le plus grand nombre, et je l’espère, car le qualifier de roman post-apocalyptique est un peu réducteur. Décrire le cataclysme, parler de survie, des communautés qui se sont créés, des dangers qui rôdent à cette sombre époque, Emily St John Mandel le fait avec précision. Les errances de la symphonie permettent de réaliser un panorama de ce qu’est ce présent. Mais cela ne constitue pas LA finalité de ce roman, c’est aussi un cadre pour mettre en scène des destins.

Il y a Arthur forcément, un homme pris dans la spirale de la célébrité, qui décide de s’en libérer, bien trop tard malheureusement. Tout au long du roman, l’auteure apporte un éclairage sur sa vie et aussi sur ses derniers instants. J’ai adoré ce personnage aux multiples facettes. Je me dois aussi de citer Kirsten, la petite fille de 8 ans qui était sur scène avec Arthur lorsqu’il est mort. Nous le retrouvons 20 ans plus tard en tant que membre de la Symphonie itinérante, une troupe qui voyage et joue les pièces de Shakespeare pour distraire et instruire les survivants. Comment a-t-elle fait pour survivre et rejoindre la troupe ? Toutes les réponses sont dans le roman. Autre figure importante, Clark qui invente le « musée des civilisations », ou encore le terrifiant Prophète. Repenser à tout cela me donne envie de me replonger dans le roman !

Le lien, c’est le mot clé de ce roman épatant. D’ailleurs j’ai parlé d’Arthur comme élément du passé, comme dénominateur commun, mais je dois aussi mentionner « Station Eleven ». Une BD de science-fiction dont il ne faut pas sous-estimer le rôle. Je l’interprète, entre autre, comme un moyen de parler de la force de l’écrit. De même le musée de la civilisation ou la Symphonie itinérante nous rappelle l’importance de l’héritage culturel et de la mémoire.

Pour finir je vous encourage à découvrir ce roman qui n’est ni pessimiste, ni inquiétant, à l’inverse d’autres dans son genre. C’est un roman lumineux, résolument optimiste, il n’y a qu’à en lire les dernières lignes. « S’il existe de nouveau des villes aux rues éclairées, s’il existe des symphonies, des journaux, quelles autres surprises peut receler ce monde qui s’éveille.« p. 474.

Une dernière chose, Emily St John Mandel n’en est pas à son premier roman, elle est également l’auteure de plusieurs thrillers. Soyez sûr que je vais m’en procurer un bientôt ! A suivre donc …. et bonne lecture.

Sortie : août 2016

Titre original : Station eleven

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« Le pique-nique des orphelins », de Louise Erdrich

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La dernière chose que Mary et Karl entrevoient de leur mère, c’est la flamme de ses cheveux roux émergeant du biplan qui l’emporte pour toujours aux côtés d un pilote acrobate… Devenus orphelins, les enfants montent dans un train de marchandises afin de trouver refuge chez leur tante, dans le Dakota du Nord.
Ainsi commence, en 1932, une chronique familiale qui s’étend sur plus de quarante ans, et fait vivre toute une galerie de personnages hors du commun en proie aux paradoxes de l’amour.
Cette nouvelle traduction du deuxième roman de Louise Erdrich, paru aux États-Unis en 1986, permet de (re)découvrir l’un de ses plus beaux livres, qui préfigure déjà la puissance et la beauté d’une des oeuvres les plus singulières de la littérature américaine.

Notation sur 5

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Avis de lecture

Je lis peu de roman américain. Je remercie Albin Michel de m’avoir envoyé un mail avec leur diverses parutions et de m’avoir fait parvenir ce livre. Albin Michel propose avec cette 2e traduction de redécouvrir un des plus beaux livres de Louise Erdrich. C’est une première immersion réussie dans l’œuvre de l’auteure.

Ce que j’ai pensé au commencement

Deux enfants seuls marchent dans le froid. Que leur est-il arrivé ? C’est avec la voix de Mary que commence le roman et c’est elle qui nus apporte la réponse à cette question. Le début est très accrocheur. Mary est une jeune fille pleine de caractère, on s’en rend compte très vite, tandis que Karl semble plus fragile.

Ce que j’ai pensé de la trame

Nous suivons Karl, Mary, Sita leur cousine et Célestine sur plus de 40 ans. D’autres se sont greffés au fil du livre : celle de Wallace Pfeff et de Dot. Le récit est construit à partir de plusieurs voix. Ces divers points de vue sont tantôt internes, tantôt externes, ce qui parfois permet de voir une scène ou ce qu’il en résulte d’une autre manière.

Karl, Mary et leur petit frère, trois enfants abandonnés par leur mère de manière assez inhabituelle vont se retrouver séparés. Ils grandissent séparément. Karl et Mary gardent en eux la marque de cet abandon, une souffrance qui ne disparaitra pas vraiment avec le temps. Même lorsque le frère et la sœur se retrouveront, trop de choses les séparent pour renouer un véritable lien.

Le lien est quelque chose de très important dans ce livre. Le lien familial, le lien brisé d’une mère à ses enfants, le lien d’un enfant à ses parents, les liens résultant d’une amitié d’enfance. Au nom de ce lien, ou de ce qu’il en reste, ils restent en contact, réapparaissent dans la vie des uns les autres, ou restent ensemble motivé par une sorte d’habitude (qui peut-être nocive ou malsaine), plus que par une amitié sincère. Au fil de ses 40 ans, en voyant chacun grandir, il en résulte une certaine curiosité, mais pas toujours de véritable attachement pour ma part. Que va devenir Karl ce vagabond? Va-t-il réussir à renouer avec sa sœur ? Qu’est devenu cet autre frère perdu ? Le récit laisse la part à de nombreuses questions. Et l’arrivée d’une nouvelle voix, celle de a jeune Dot, est un tournant dans la vie de chacun.

Les personnages

Les femmes de ce livres sont fortes et mènent leur vie, tandis que les hommes paraissent plus fragiles. S’il y a un personnage qui m’a le plus marqué, c’est Karl. C’est un garçon fragile au début du roman. Il est le frère de Mary, mais a grandi loin de sa sœur et s’est vite retrouvé à errer. Il apparait et disparait du récit tel un fantôme, et fait le lien entre les divers personnages et intrigues. C’est parce que c’est un homme errant, sans attache qu’il peut se permettre d’apparaitre soudainement, laissant parfois derrière lui un beau bazar disons.

Conclusion

La vie de ces personnages est dure, teintée d’une rancœur provenant de l’enfance, d’un reste d’amitié qui peine à refaire surface et mine les relations de chacun globalement. Louise Erdrich signe une saga familiale où le bonheur n’est presque pas au rendez-vous et décrit des vies sombres, mélancoliques. Je suis ravie d’avoir découvert la plume de cette auteure. Un bon moment de lecture.

« 1984 », de Georges Orwell

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De tous les carrefours importants, le visage à la moustache noire vous fixait du regard. Il y en avait un sur le mur d’en face. Big brother vous regarde, répétait la légende, tandis que le regard des yeux noirs pénétrait les yeux de Winston… Au loin, un hélicoptère glissa entre les toits, plana un moment, telle une mouche bleue, puis repartit comme une flèche, dans un vol courbe. C’était une patrouille qui venait mettre le nez aux fenêtres des gens. Mais les patrouilles n’avaient pas d’importance. Seule comptait la Police de la Pensée

Notation sur 5

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Avis de lecture

Cela fait 1 mois au moins que j’ai délaissé mon blog et je suis bien embêtée. Je vous rassure : je n’ai pas arrêter de lire. J’ai certes eu moins de temps pour cela, et donc pour rédiger des articles trouver du temps est plus compliqué encore.Par exemple, 1984 de Georges Orwell, je l’ai lu il y a plusieurs semaines déjà… et là je vous en parle enfin.

Pour remettre la lecture de ce livre dans son contexte : il fait suite à ma lecture de 2084, de George Orwell. Parfois au cours de mes lectures, je prends des notes dans mon téléphone de passage qui m’ont plu, d’impression que j’ai eu à la lecture d’un passage, ou au sujet de détails qui m’ont plus ou non et que je souhaite souligner dans un article. Des mes notes de lectures, il ressort deux choses : Winston, qui travaille pour le parti s’éveille doucement et porte un autre regard qui va l’amener à « se révolter », et la société qu’a imaginé Georges Orwell, j’ai trouvé l’ensemble très fort, marquant.

Le héros de ce livre est donc membre du parti, vit en Oceania. Trois puissances régissent le monde et se livrent une guerre éternelle, il y a donc l’Océania, l’Eurasia et l’Estasia. La société en elle-même est très segmentée, d’un côté les prolétaires, de l’autre les membres du parti intérieur et extérieur, qui sont totalement soumis à l’idéologie. Mais voilà, Winston se pose des questions d’abord par rapport à son travail qui consiste à corriger des articles, des prédictions de Big Brother pour qu’elle colle au présent. Pourquoi faire tout ça? Dans quel but ? Le parti réécrit le passé, le falsifie en permanence et il n’y a aucune preuve de cela, si ce n’est le cerveau de Winston.

Georges Orwell dépeint un système dur, omniprésent qui surveille et contrôle tout, jusqu’à la pensée de chacun. L’usage de la novlangue, langage inventé pour contrôler et limiter la pensée, rien de tel pour museler et asservir le peuple. On retrouve cela dans le livre de Boualem Sansal. Sous le système Big Brother, personne ne semble pouvoir s’échapper. Pourtant Winston aura essayé. Il s’aventure de plus en plus dans l’interdit que ce soit de part ses pensées, que ses actes. Il redécouvre une certaine forme de liberté, une indépendance, j’ai eu envie de croire que tout allait bien se passer, même si tout semblait trop facile pour Winston. Ce qui est frustrant aussi et Winston le dit, les prolétaires, avec le nombre qu’ils représentent, pourraient tout renverser, mais ce qu’il leur manque c’est d’être conscient de leur pouvoir. Et cette conscience , il ne l’auront qu’en se révoltant, c’est un cercle infernal duquel personne ne semble pouvoir s’échapper.

C’est sûr que ce livre est un indispensable. La manière dont Orwell décortique les mécaniques de régime totalitaire dans son roman, mélangé à l’histoire de Winston cela donne un roman prenant, parfois poignant, éloquent, bref un très très bon roman.

 

« Horrorstör », de Grady Hendrix

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Il se passe quelque chose d’étrange au magasin de meubles d’Orsk à Cleveland, en Ohio. Ces derniers temps, les employés découvrent, en arrivant le matin, des étagères Kjërring démontées, des piles de gobelets Glans renversées, des armoires Liripip fracassées…
Les ventes sont en berne, les responsables de rayon en panique : les caméras de surveillance ne montrent rien d’anormal.
Pour lever le mystère, une équipe de trois employés se retrouve engagée pour rester sur place toute une nuit. Au coeur de l’obscurité, ils arpentent les allées du showroom désert, courent après d’inquiétants bruits et finiront pas se confronter aux pires horreurs…
Une histoire de maison hantée qui prend place dans un décor contemporain : « Horrorstör » a pour trame de fond une critique cinglante de la société de consommation. Ces grands espaces de vente, qui mettent en scène un prétendu bonheur, se retrouvent comparés à une prison labyrinthique où un mode de pensée unique est imposé aux pénitents par la torture.

Notation sur 5

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Avis de lecture

Pourquoi ce livre ? J’ai tout de suite été intriguée par ses allures de catalogue Ikea. Et en le feuilletant, tout y est, l’explication du concept, un bon de livraison, etc. L’auteur a soigné son livre jusqu’au design des meubles présentés à chaque nouveaux chapitres, enfin des meubles dont l’usage sera vite détourné pour les besoins de l’histoire.

Mon impression au commencement

Le roman démarre avant l’ouverture du magasin. « Tous les matins, cinq jours par semaine, ils se traînaient jusqu’au point névralgique de leurs petites vies » (p.9). C’est l’occasion pour l’auteur d’aborder la vie au travail des employés dans ce magasin (je précise : vision peu flatteuse ici) et c’est à travers le regard d’Amy qu’il nous offre cet aperçu. Amy met un peu de peps dans ce qui s’annonce un quotidien morne, routinier et dont le seul souhait au début du roman et d’éviter à tout prix Basil, le gérant.

Mais ce qu’il faut retenir aussi de ce début, c’est que des choses étranges se passent dans le magasin…

Ce que j’ai pensé de la trame

Le roman se déroule sur une seule journée, enfin essentiellement la nuit. Lorsque Basil convoque Ruth Ann et Amy pour une mission particulière, cette dernière et réticente, mais le besoin d’argent achèvera de la convaincre. Mais de quelle mission s’agit-il ? Patrouiller dans le magasin pour comprendre d’où viennent les actes de vandalisme.

Lorsqu’il commence leur surveillance, ce qui au départ s’annonce comme une corvée bascule peu à peu en cauchemar. L’auteur y va doucement, distille l’étrange par petites doses pour qu’ensuite cela ne fasse pas de doute parmi les 3 employés : il se passe quelque chose d’anormal. Comment peut-on se perdre dans l’entrepôt ? D’où vient cette horrible odeur ? Qui a écrit tous ces graffitis ? Et pourquoi la police ne trouve-t-elle pas le magasin ? Je me suis prise au jeu, sentant l’inquiétude et l’angoisse monter chez les personnages.

Lorsque tout devient cauchemardesque, j’ai été aussi désorientée que les personnages du livre. Je ne sais pas où l’auteur est allé chercher tout ça, mais les descriptions sont très visuelles. Orsk est véritablement en train de devenir l’Horrostör, et fait perdre la tête à ceux qui s’y trouvent. Il s’avère que le lieu sur lequel a été bâti le magasin y est pour beaucoup, comme c’est souvent le cas dans ce genre d’histoire. A force de rebondissements et de re-re-rebondissments, j’avais hâte de voir l’issu de tout ça. J’avais l’impression que les personnages ne s’en sortiraient jamais.

Les personnages

Je les ai trouvé dans l’ensemble intéressants. Il y a d’un côté notre groupe de 3 personnes venues pour patrouiller et deux autres branchées spiritisme, ou presque. Pour la plupart on le survole, il n’y a qu’Amy qui s’avère plus travaillé. Elle se trouve dans une situation délicate au travail : elle souhaite une mutation et ne supporte pas son patron Basil. C’est une personnage vive, courageuse aussi qui n’adopte pas les préceptes d’Orsk, et fait son propre chemin. A l’inverse Basil vit Orsk, et ce doit être fatigant, mais il devient un peu plus sympathique, même s’il demeure un peu rigide. Ses rapports avec Amy sont compliqués. Toute cette intrigue est également l’occasion pour eux de parler de la carrière d’Amy.

Conclusion

Une lecture distrayante, efficace dans le sens où l’auteur arrive à nous faire ressentir l’angoisse, le désespoir de ses personnages, mais la deuxième partie du récit, celle où l’horröstor prend la pas sur Orsk, est peut-être un peu trop dans la sur-enchère de l’horreur. Enfin, finir sur une fin ouverte était une bonne chose, selon moi.

Titre original : Horrorstör

Sortie : août 2015

« Stand up ! », d’Anthony McCarten

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Azime, jeune femme timide d’origine kurde, a grandi dans une banlieue de Londres, déchirée entre l’Orient et l’Occident, l’islam et la laïcité, le foulard et les petits hauts sexy. Et maintenant que des bombes explosent dans les rues et le métro, être Azime devient plus compliqué encore. Comment vivre dans deux mondes si différents, qui tous deux dictent qui on doit être et ce qu’on doit faire ?

Lorsqu’une de ses camarades kurdes est retrouvée morte à cause d’un choix amoureux que réprouve sa famille, Azime décide de réagir : la meilleure façon d’échapper à un destin aussi tragique ne serait-elle pas d’en rire ? Elle se lance un défi qui paraît impossible : mettre un niqab, monter sur scène et devenir la première humoriste de stand-up musulmane du monde !

Notation sur 5

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Avis de lecture

Merci Babelio de m’avoir permis de lire ce roman aussi divertissant que très actuels par les thèmes qu’il aborde : l’humour, l’intégration, l’islam et l’occident, etc.

Mon impression au commencement

Nous faisons très vite connaissance avec Azime et son fort caractère, son amie Banu et sa famille. Au début, l’ambiance n’est pas à l’humour. Une amie d’Azime est morte défenestrée. Pour beaucoup, il est évident qu’il s’agit d’un crime d’honneur perpétré par le père. Ceci sera un des axes de ce roman, mais ce n’est pas tout.

Au bout d’une dizaine de pages, l’auteur nous livre un bon portrait des membres de la famille Gevas et d’emblée il est évident que grâce au caractère de chacun d’eux, ce roman ne s’annonce nerveux et drôle.

Ce que j’ai pensé de la trame

Il y a plusieurs niveaux de lectures dans ce livre. On peut d’un côté le prendre comme un roman d’apprentissage. Azime vit chez ses parents, travaille dans l’entreprise familiale. Sa mère veut la marier à tout prix, mais elle cherche une certaine indépendance. Elle a un goût prononcé pour l’humour qu’elle cache et lorsqu’elle  se produit pour la première fois tout dérape dans sa vie personnelle. Elle fait face à la désapprobation de son entourage et tente de tracer son chemin malgré tout, échouant et s’élevant , mais grandissant à chaque fois, jusqu’à se réaliser.

D’un autre côté il y a cette intrigue, certes plus secondaire, autour de la mort de son amie qui la hante et qui la consterne. Elle veut des réponses et en obtiendra. Cette partie de l’histoire permet à l’auteur d’illustrer la difficulté de vivre entre deux mondes, deux cultures et de trouver sa place tout seul.

Enfin, tout cela est prétexte à aborder les thèmes cités plus haut. Les parents d’Azime sont arrivés en Angleterre lorsqu’elle était encore petite. Elle et son frère et sa sœur ont été élevés dans la tradition kurde, mais grandir en Angleterre fait naître aussi des aspirations chez eux que les parents ne comprennent pas et veulent réprimer.

Résultat : le cocktail est réussi, tantôt profond ou léger, bien dosé en humour quand il le faut.

Conclusion

Il est amusant de noter que le titre original de ce livre Funny girl, est identique à celui du dernier roman de Nick Hornby, sorti il y a peu de temps aussi. En tout cas, Anthony McCarten signe un bon divertissement et nous livre une réflexion sur l’usage de l’humour, le rapport aux autres, à la famille, la communauté.

Titre original : Funny girl

Sortie : septembre 2015