« Comme dans un film », de Régis de Sa Moreira

moreiraRésumé

Lui : Je ne la connais pas encore.
elle : Je ne le connais pas encore.
lui : Je me réveille à Paris, en décembre 2005, sans savoir que c’est aujourd’hui que je vais la rencontrer.
elle : S’il savait, peut-être qu’il resterait couché.
lui : Peut-être, oui.
elle : Au lieu de ça, il se lève, il se fait son petit thé vert, nourrit son chat, se demande ce qu’il va faire de sa journée.
lui : C’est samedi

Le roman d’une rencontre, relatée avec humour et tendresse à la manière d’un scénario de film. Le récit évoque l’amour et le couple à l’épreuve du quotidien : la naissance du désir, la passion, l’habitude, la lassitude, la colère, l’aversion, la séparation, la réconciliation, l’enfantement, etc.

Notation sur 5

Intrigue1 scarabee

Personnages1 scarabee

Écriture1 scarabee

Avis de lecture

Ce livre est fait de dialogues, à la manière d’un scénario. Des dialogues rapides entre Lui et Elle. C’est l’histoire de leur rencontre leur histoire, le quotidien et tout ce qui peut rythmer et se passer dans la vie d’un couple. Par moment, le temps d’une phrase, un autre personnage intervient. Cela peut-être une pote, leur mère, un voisin, une personne étrangère au couple qui les a croisé et même un objet comme une télévision.

Cette forme surprend et le jeu de réplique m’a amusée au début. Mais je me suis lassée de ces échanges. Sur la durée, les répliques fusent toujours mais je commençais déjà à décrocher. C’est la forme, d’abord, qui ne m’a pas emportée, et je n’ai pas réussi à apprécier ce couple, ce qu’ils racontent. Que dire de plus, je suis déçue de pas pas l’avoir terminé, mais bon j’ai bien d’autres livres qui m’attendent.

 

« Blackstage » d’Esther J. Hervy

cvt_blackstage_4484Résumé

« On a roulé le long du Strip dans cette voiture de location qu’on avait chopée en bas de l’hôtel (…) On était totalement sortis du monde réel. Avec cette drogue  et ces horribles lumières j’avais l’impression d’être dans un vieux rêve psychédélique, tout droit sorti des années 70. Les hôtels se dressaient les uns après les autres devant nous, toujours plus hauts, plus imposants et plus fantaisistes au fur et à mesure qu’on avançait sur l’avenue. Les palmiers se balançaient au rythme du vent qui soufflait fort dans cette partie du désert colonisée. Les panneaux lumineux se reflétaient dans les lunettes noires de Josh et c’était comme si on avait placé des strombos dans l’habitacle. Je renversai la tête en arrière et me mis à rire. Je rigolai comme je n’avais jamais rigolé. Je ne pouvais plus m’arrêter. Josh me regarda, le sourire aux lèvres et Janet et Richie hurlèrent leur folie derrière moi. La voiture prit de la vitesse et Josh monta encore le son. La ville défilait au rythme de la musique qui me perçait les tympans et je clignai des yeux en même temps que toutes ces publicités grotesques qui défiguraient l’agglomération. Cette ville était définitivement affreuse. Mais elle était parfaite pour cette soirée, parce qu’elle représentait exactement le bordel que j’avais dans le crâne à cet instant précis. »

Notation sur 5

Intrigue4 scarabees

Personnages4 scarabees

Écriture4 scarabees

Avis de lecture

Esther J. Hervy nous emmène côté coulisse en nous racontant l’envers du décor de la vie d’une rockstar, avec une écriture franche et sans concession.

L’univers peut paraitre superficiel : des nuits de fêtes, des filles, de la drogue et de l’alcool. Mais l’auteur contrebalance cela avec Rachel et Josh, deux personnages attachants par leurs fragilités, leurs forces. Car ce roman c’est aussi l’histoire d’amour de ce couple. L’auteure joue sur deux temporalités. Ces multiples aller-retours entre le passé et le présent permettent de comprendre comment  il s’est formé, qui sont Rachel et Josh,  et éclaire également leur situation présente.

Ce qui caractérise ce roman c’est l’alliance des contraires. La pudeur du début laisse place à plus d’érotisme. A l’innocence du début affichée par Rachel, nous basculons vite dans le monde de Josh plus brute. Une descente aux enfers semble s’amorcer pour notre personnage, entre autre à cause de la pression qu’il subit à chaque concert.

Je suis très vite entrée de ce roman rythmé par des chapitres courts. Ce que je retiens de cette lecture, c’est le côté rock’n’roll très présent, que l’on retrouve bien dans l’écriture. Ce roman est sensible, il peut être sulfureux, mais il ne tombe pas dans le vulgaire. Bref, un bon moment de lecture à découvrir.

 

 

« Harry Potter et l’enfant maudit », de Jack Thorne, J. K. Rowling et John Tiffany

harry-potter-enfant-mauditRésumé

Être Harry Potter n’a jamais été facile et ne l’est pas davantage depuis qu’il est un employé surmené du Ministère de la Magie, marié et père de trois enfants. Harry se débat avec un passé qui refuse de le laisser en paix, son plus jeune fils, Albus, doit lutter avec le poids d’un héritage familial dont il n’a jamais voulu. Quand passé et présent s’entremêlent dangereusement, père et fils se retrouvent face à une dure vérité : parfois, les ténèbres surviennent des endroits les plus inattendus.

Notation sur 5

Intrigue 3 scarabeeset demi

Personnages 2 scarabees et demi

Écriture 4 scarabees

Avis de lecture

J’ai l’impression qu’un « match » vient de s’ouvrir entre Star Wars et Harry Potter. Deux univers totalement différents refont surface pour la plus grande joie de leurs fans. Et cela risque de durer au moins deux ans.

Harry Potter, je l’ai découvert petite. Être plongée dans cet univers magique a influencé mes lectures adolescentes et je suis une fervente adepte de la littérature fantastique. A l’époque, j’ai dévoré la série de Pullman, celle d’Erik L’Homme (Le livre des étoiles), ou encore les Chroniques de Narnia, de C.S. Lewis. Mon goût pour la SF s’est développé bien plus tard et j’ai découvert Star Wars, il y a moins de 10 ans. De ce « match », je ne manquerai rien.

Alors Harry Potter et l’enfant maudit, la pièce de théâtre que je tarde à chroniquer. Cela fait deux ou trois semaines que je l’ai lu. J’ai des sentiments contradictoires à son sujet, donc au final pas totalement conquise par le résultat.

La forme théâtrale est intéressante. La pièce se lit bien, même si je bute sur certaines phrases (problème de traduction je pense quand je lis par exemple « si je meurs je vais en enfer »). Je l’ai appréhendé comme une suite de Harry Potter, mais j’ai eu tort de la lire de cette façon. En tant que suite, j’ai été déçue de retrouver nos héros si peu crédibles ou effacés. Leur façon de s’exprimer en tant de crise n’est pas crédible au vu des fonctions qu’ils occupent, ni même avec la maturité qu’ils sont censés avoir acquis. Ils ont 37 ans quand même ! Un autre élément m’a surpris autour de Voldemort, mais je n’en dis pas plus pour ne pas spoiler. Je ne l’attendais pas sur ce terrain-là.

Finalement c’est plus une aventure d’Albus et de Sorpius que nous lisons. J’ai bien aimé les voyages dans le temps, les différents retournements de situation et surtout le rôle de Scorpius dans la pièce. C’est, selon moi, le personnage le plus réussi. Sur la génération des parents, c’est Drago que j’ai trouvé le plus convaincant.

Bon il n’y a pas de grande surprise ou de suspens, mais est-ce bien grave ? Ce livre a pour but de nous replonger dans l’univers fantastique qui nous a bercé tant d’années et, sur ce seul critère, c’est réussi. On retrouve les couloirs de Poudlard, des sortilèges bien connus, etc. Il est tout de même dommage que les auteurs ne nous fournissent pas quelques éléments neufs ou un peu d’originalité. Il ne me reste plus qu’à aller voir le film pour poursuivre cette cure Harry Potter.

Lorsque j’ai fermé ce livre, mon impression première était bonne pour l’intrigue et très mitigée sur le trio Harry-Ron-Hermione. Il est difficile de donner de l’épaisseur à ces personnages que l’on connait si bien, je pense notamment à ce pauvre Ron. Je l’ai trouvé si transparent. Quant à Harry, il a souffert de son enfance chez les Durlsey. Il a porté un sacré poids sur ses épaules depuis qu’il est entré à Poudlard. Lui, le Sauveur, celui qui a vaincu Voldemort. Et il l’a « vaincu » une deuxième fois ! Mais comme il le rappelle volontiers, il ne l’a pas fait seul, il n’aurait pas pu le faire tout seul. Bref, tout cela pour dire que maintenant que le monde magique coule de jours heureux, qu’Harry est marié à Ginny, qu’ils ont 3 enfants, c’est un homme « normal » qui nous est présenté ici. Il a ses fêlures, et à presque 40 ans je me dis que le héros a perdu de sa « superbe », mais après tout pourquoi pas. Ce Harry-là, autocentré, m’a exaspérée tout au long de la pièce, mais après tout, en prenant de la distance je me dis que ça sonne assez juste.

Bref, cette pièce n’est pas vraiment une suite. J’ai tendance à considérer cette pièce comme l’une de ces fan-fictions autour d’Harry Potter.

 

 

« Brume de cendres », de Dominique Douay

brume-de-cendreRésumé

Au sein de la Protée coexistent des milliards et des milliards d’avatars de la Terre et le Livre est à la fois la mémoire de la Protée et le moyen, grâce aux marque-pages, de parcourir cette mémoire, et peut-être de passer réellement d’une Terre à l’autre.

Mais une menace existe : les Nuées, qui reviennent à intervalles réguliers détruire des pans entiers de la Protée et qui gagnent en puissance à chaque nouvel assaut.

Un espoir existe cependant : sur une Terre en voie d’anéantissement, un groupe d’humains parvient à résister grâce à d’étranges pouvoirs. Parmi eux, un garçon, Bajo, dont la particularité est de pouvoir se déplacer à l’intérieur de la Protée et qui, au hasard de ses voyages, devra incarner des personnages fort différents, de liquidateur de vieux à rock-star adulée des foules. En passant bien sûr par sauveur de mondes.

Dans la foulée de La Fenêtre de Diane, Dominique Douay confirme son retour en force au sein de l’imaginaire, avec un nouveau roman vertigineux.

Notation sur 5

Intrigue3 scarabees et demi

Personnages3 scarabees

Écriture3 scarabees

Avis de lecture

 Dominique Douay m’a fait forte impression avec « L’impasse-temps ». Je vous renvoie à l’article que j’ai rédigé. Le sujet classique des voyages dans le temps est traité de façon original, le traitement est déroutant, mais j’ai bien aimé.

Ici, Dominique Douay propulse le lecteur dans un univers dans lequel j’ai eu du mal à m’y retrouver au début : la Protée. La Protée se constitue des Terres possibles dans plusieurs espace-temps. Le Livre est la mémoire de la Protée et un moyen de parcourir cette mémoire. La Protée est menacée par les Nuées ou brume des cendres. Un menace qui demeure flou, qui n’a pas de forme, mais elle dévore les mondes qui composent la Protée.

Dominique Douay fait une nouvelle fois preuve d’une formidable imagination en nous dévoilant plusieurs mondes, parfois assez fous. Mais je n’en attendais pas moins de l’auteur qui bouscule le lecteur en nous amenant là où on ne s’y attend pas. Je regrette juste le manque d’explication qui crée de la confusion. Je regrette aussi que la dynamique enclenchée par l’auteur n’aboutisse pas, c’est du moins le sentiment que j’ai eu.

Je m’explique. Un groupe doté de pouvoir, nommé l’Heptadécagone, est introduit comme le seul espoir de contrecarrer l’avancée des Nuées. Dans ce groupe se trouve Bajo, un jeune homme qui a la particularité de pouvoir voyager à travers la Protée, mais lorsqu’il se déplace, tout le groupe également. Seulement, ils sont éparpillés à travers la Terre. C’est Bajo, sous plusieurs identités, que nous suivons, mais l’étiquette de sauveur du monde n’aboutit finalement à rien. Je suis restée sur ma faim. Et cette soudaine histoire d’amour, avec Mareva, prend plus de place que l’intrigue initiale, qui est la menace des Nuées. C’est dommage, d’autant que beaucoup de questions restent en suspens.

Il y a de très bonnes choses dans ce roman, mais la fin m’a tout de même frustrée. Ce n’en ai pas vraiment une d’ailleurs. Quoi qu »il en soit, je suis curieuse d’approfondir l’univers, si j’en ai l’occasion, avec « La fenêtre de Diane ».

 

« Les contes défaits », d’Oscar Lalo

contes-defaitsRésumé

Peau d’âme, noire neige, le petit poussé… Il était zéro fois… c’est ainsi que commencent les contes défaits.
L’histoire est celle d’un enfant et de l’adulte qu’il ne pourra pas devenir.
Je suis sans fondations. Ils m’ont bâti sur du néant. Je suis un locataire du vide, insondable et sans nom, qui m’empêche de mettre le mien. La page reste blanche car tout ce qui s’y inscrit s’évapore.
Sans rien dire jamais de ce qui ne se montre pas, loin de la honte et de la négation, Oscar Lalo convoque avec ses propres mots, pourtant universels, la langue sublime du silence…
Et c’est en écrivant l’indicible avec ce premier roman qu’il est entré de façon magistrale en littérature.

Notation sur 5

Intrigue3 scarabees

Personnages4 scarabees

Écriture4 scarabees

Avis de lecture

Je remercie Babelio et les éditons Belfond pour l’envoi de ce premier roman d’Oscar Lalo. En cette rentrée littéraire, ce roman a été, pour moi, le plus troublant. Pourquoi ? L’écriture et la manière dont il aborde les maltraitances psychologiques faites aux enfants et la pédophilie.

La voix de l’homme laisse vite la place à celle de l’enfant qu’il était. Dans ce récit fragmenté en court chapitre, l’auteur donne la parole à l’enfant, réussit à exprimer avec des mots, des images d’enfant. Il raconte ce qui est vécu comme un arrachement, lorsque ses parents l’envoie avec son frère en vacances dans ce qui est appelé « Home ». Le trajet en train vers le Home, le déroulement de ce séjour. Autant dire qu’on est loin des colonie de vacances où les enfants reviennent avec de bons souvenirs. A travers la voix de l’enfant, tout est dit avec une sorte de pudeur, de réserve. On sent le choix précis de chaque mots qui donne plus de force à ce qui est exprimé : une douleur  qui ne quitte pas le narrateur. Le sujet est délicat, et Oscar Lalo le traite avec beaucoup de finesse, usant d’une écriture saisissante. Un autre axe important de ce roman est la place de l’adulte, la responsabilité de ou des adultes.

Tout le talent d’Oscar Lalo est là, il nous fait comprendre le poids qui pèse sur l’enfant , ce qui est défait en lui. Ce livre n’a pas été facile à lire, il questionne, il trouble. Avec ce premier roman, Oscar Lalo se distingue par sa plume. Auteur à suivre.

« Watership down » de Richard Adams

watershipdownRésumé

C’est dans les fourrés de collines verdoyantes et idylliques que se terrent parfois les plus terrifiantes menaces. C’est là aussi que va se dérouler cette vibrante odyssée de courage, de loyauté et de survie.
Menés par le valeureux Hazel et le surprenant Fyveer, une poignée de braves choisit de fuir l’inéluctable destruction de leur foyer. Prémonitions, malices et légendes vont guider ces héros face aux mille ennemis qui les guettent, et leur permettront peut-être de franchir les épreuves qui les séparent de leur terre promise, Watership Down. Mais l’aventure s’arrêtera-t-elle vraiment là ?
Aimé et partagé par des millions de lecteurs à travers le monde, l’envoûtant roman de Richard Adams fait partie de ces récits mythiques et hors du temps, une épopée sombre et violente, néanmoins parcourue d’espoir et de poésie. Vous sentirez le sang versé. Vous tremblerez face aux dangers. Vous craindrez la mort. Et, par dessus tout, vous ressentirez l’irrépressible désir de savoir ce qui va se passer.

Notation sur 5

Intrigue3 scarabees

Personnages3 scarabees

Écriture3 scarabees

Avis de lecture

Watership down est réédité cette année par les éditions Monsieur Toussaint Louverture. Tout d’abord je remercie l’agence Anne et Arnaud pour cet envoi. Ce roman m’a tout de suite intriguée à cause de ces fameux lapins qui sont les personnages principaux. C’est aussi l’histoire même de ce roman édité en 1972 qui aiguise ma curiosité. Il semble avoir rencontré son public à travers le monde, avec 50 millions de livres vendus.

J’ai tout de suite adoré ce qui se dégage du livre (l’atmosphère, la douceur des descriptions…), le fait que l’auteur évoque très clairement les comportements des lapins. Ils se grattent l’oreille, ils ont le nez qui frétillent, ils bondissent, détalent au moindre soupçon de danger. Toute une organisation prend vie sous nos yeux, celle de la garenne, la place qu’occupent les lapins, etc. Les héros de ce roman sont de jeunes lapins vivant en marge de la « Hourda », un groupe de lapins plus âgé et plus intelligent/ou vigoureux. Si bien que lorsque Fyveer prédit un terrible malheur, peu sont enclin à l’écouter, pas même le maître de la garenne.

Pour Fyveer (lapin chétif) et son frère Hazel (le meneur du groupe), c’est le début d’une aventure qui va les emmener sur des territoires inconnus à a recherche d’une « terre promise ». Si certains passages m’ont paru longuets, c’est un livre dont je retiens plusieurs choses. D’abord, le fait d’être face à des lapins, donne plus de force aux idées que Richard Adams fait passer. Par exemple, il pose la question suivante : comment cohabiter ensemble ou avec d’autres sans nuire à l’environnement de chacun ? A travers cette histoire de lapin, c’est aussi le rapport de l’homme à la nature qui est traité.

Tout au long du livre, ils affrontent des épreuves, des dangers qu’ils surmontent, non sans marquer le groupe qu’ils forment. Je tiens aussi à évoquer l’imagination dont a fait preuve l’auteur pour inventer des mythes qui régissent la mémoire collective des lapins et que nous découvrons progressivement. Ces passages sont mes préférés.

Ce livre m’a plu, mais je regrette par moment d’avoir un peu décroché. Je pense que mon regard était déjà posé sur mes lecture à venir et j’avais hâte d’y arriver.

 

« La valse des arbres et du ciel », de Jean-Michel Guenassia

9782226328755-jRésumé

Auvers-sur-Oise, été 1890. Marguerite Gachet est une jeune fille qui étouffe dans le carcan imposé aux femmes de cette fin de siècle. Elle sera le dernier amour de Van Gogh. Leur rencontre va bouleverser définitivement leurs vies. Jean-Michel Guenassia nous révèle une version stupéfiante de ces derniers jours.
Et si le docteur Gachet n’avait pas été l’ami fidèle des impressionnistes mais plutôt un opportuniste cupide et vaniteux ? Et si sa fille avait été une personne trop passionnée et trop amoureuse ? Et si Van Gogh ne s’était pas suicidé ? Et si une partie de ses toiles exposées à Orsay étaient des faux ?…
Autant de questions passionnantes que Jean-Michel Guenassia aborde au regard des plus récentes découvertes sur la vie de l’artiste. Il trouve des réponses insoupçonnées, qu’il nous transmet avec la puissance romanesque et la vérité documentaire qu’on lui connaît depuis Le Club des incorrigibles optimistes.

Notation sur 5

Intrigue4 scarabees

Personnages4 scarabees

Écriturecinq scarabees

Avis de lecture

C »est un tout qui m’a attiré vers ce roman : l’envie de découvrir la plume de l’auteur, la poésie du titre, le fait qu’il parle de Van Gogh.

De Van Gogh, on connait, mis à part ses superbes tableaux, les troubles de l’humeur, la dépression, la colère qui peuvent l’assaillir d’un coup. Je le savais mort assez jeune (37 ans), par suicide, dit-on. Mais voilà, des experts, des biographes du célèbres peintres ont fait de récentes découvertes remettant cela en cause. C’est à partir de celles-ci que Jean-Michel Guenassia écrit son roman.

L’auteur nous plonge ainsi dans les quelques mois précédant la mort de Vincent. L’angle d’attaque de l’auteur est de prendre Marguerite Gachet comme narrateur. Qui est-elle ? Elle est la fille de Paul Gachet, un docteur, un ami des impressionnistes (dont l’art n’était pas autant apprécié à l’époque), dépeint ici comme un opportunistes. Les œuvres qu’il collecte sont comme un investissement, encore que il se les fait offrir, en échange de consultations. Guenassia pose la question de la sincère amitié qui relie le docteur aux peintres impressionnistes. Pour revenir à Marguerite, jeune fille ayant envie de liberté, de fuir le mariage qui se profile, elle veut devenir peintre. Ses rêves de liberté tombe à l’eau lorsqu’elle réalise l’argent qu’elle doit économiser, que les portes des écoles sont fermées aux femmes. Sa vie n’est pas facile, sa relation avec son père est froide. J’ai apprécié le récit de Marguerite, précis, émouvant par moment, mais elle n’est pas aussi émancipé qu’elle le dit ou qu’elle le voudrait. C’est peut-être le dilemme de la femme à cette époque, tiraillée entre le désir de liberté et le « devoir familiale ». En donnant la parole à Marguerite, en la mettant au centre du roman, c’est indirectement l’occasion de parler de la femme au XIX e siècle, de sa place dans la société. D’ailleurs, j’ai apprécié les extraits de lettres de Van Gogh (je n’ai pas vu de mention comme quoi ces lettres étaient authentiques par contre) ainsi que les textes qui entrecoupent le récit. Ils permettent au lecteur de mieux appréhender le contexte sociétal de l’époque.

Van Gogh apparait un tiers après le début du roman. La relation qui s’établit peu à peu avec Marguerite n’a rien d’avéré, mais c’est une hypothèse qu’a choisi de développer l’auteur. Cette relation a moins d’importance pour lui que pour elle, qui s’imagine vivre prochainement de la peinture à ses côtés. Mais c’est sans compter le caractère difficile de Van Gogh, sur lequel l’auteur ne s’attarde pas beaucoup finalement. Guenassia se concentre surtout sur le rapport de Van Gogh à la peinture. Il vit pour la peinture, pas seulement parce que son frère investit en lui, mais parce que c’est sa raison d’être.J’ai adoré les descriptions que Guenassia réalise sur la manière dont peint Van Gogh.

La valse des arbres et du ciel est un roman convaincant, qui réussit à dresser le portrait d’une époque. Guenassia réalise un roman sans temps mort, entre fiction et documentation. Je regrette juste que Van Gogh n’est pas eu plus de prestance.

Sortie : août 2016

« Écoutez nos défaites », de Laurent Gaudé

ecoutez nos défaitesRésumé

Un agent des services de renseignements français gagné par une grande lassitude est chargé de retrouver à Beyrouth un ancien membre des commandos d’élite américains soupçonné de divers trafics. Il croise le chemin d’une archéologue irakienne qui tente de sauver les trésors des musées des villes bombardées. Les lointaines épopées de héros du passé scandent leurs parcours – le général Grant écrasant les Confédérés, Hannibal marchant sur Rome, Hailé Sélassié se dressant contre l’envahisseur fasciste… Un roman inquiet et mélancolique qui constate l’inanité de toute conquête et proclame que seules l’humanité et la beauté valent la peine qu’on meure pour elles.

Notation sur 5

Intrigue3 scarabees et demi

Personnages3 scarabees et demi

Écriture4 scarabees

Avis de lecture

J’ai découvert Laurent Gaudé avec Pour seul cortège en 2012. J’ai beaucoup aimé son écriture très littéraire, poétique, son goût pour l’Antiquité. J’ai retrouvé cela ici, mais le sujet est tout autre. Alors qu’il était question de pouvoir, de fidélité et d’ambition, ici Laurent Gaudé parle de batailles, de victoires et de défaites.

Dans Écoutez nos défaites, je retrouve son style, et une structure qui m’est familière. Un récit polyphonique, fragmenté de manière subtile puisque les voix se font écho, donnant une unité au roman. Qui sont ces voix ? Il y a Hannibal, qui fait trembler Rome, Ulysse Grant un général confédéré durant la guerre de Sécession, Haïlé Sélassié le dernier empereur d’Ethiopie. Trois récits, trois voix qui nous emmènent vers les guerres du passé. Au passé se mêle le présent par les voix d’Assem, un agent des services secrets français, et de  Mariam, une archéologue irakienne dont le travail est de rechercher les œuvres de musée volées.

Écoutez nos défaites, c’est écouter des récits de batailles, de victoires ou de défaites, c’est écouter des hommes s’interroger sur leurs choix, à travers le temps. Je n’ai pas réussi à entrer dans tous ces récits. J’ai davantage apprécié celui d’Hannibal ou de Mariam, j’ai été un moment perdu dans le récit d’Assem. Mais c’est comme un tout qu’il faut prendre ce récit qui pose la question du sens de la victoire, par exemple. Est-elle toujours pleine et entière ?  Assem sait qu’il va être amputé d’un partie de lui-même après chaque mission, Hannibal rend hommage aux morts ceux qui ont permis la victoire. Peut-on sortir indemne de la guerre, que ce soit physiquement ou mentalement ?

A travers les récits d’Assem et Mariam, ce livre nous ramène aussi à notre actualité, à Daesh, à la destruction des sites antiques et convoque la liberté de vivre et de choisir. Un roman ambitieux, dans lequel je ne suis pas entièrement entrée, mais je suis tout de même ravie d’avoir renoué avec la plume de Laurent Gaudé.

Sortie : août 2016