« La terre qui penche », de Carole Martinez

CVT_La-Terre-Qui-Penche_849Résumé

Blanche est morte en 1361 à l’âge de douze ans, mais elle a tant vieilli par-delà la mort! La vieille âme qu’elle est devenue aurait tout oublié de sa courte existence si la petite fille qu’elle a été ne la hantait pas. Vieille âme et petite fille partagent la même tombe et leurs récits alternent.
L’enfance se raconte au présent et la vieillesse s’émerveille, s’étonne, se revoit vêtue des plus beaux habits qui soient et conduite par son père dans la forêt sans savoir ce qui l’y attend.
Veut-on l’offrir au diable filou pour que les temps de misère cessent, que les récoltes ne pourrissent plus et que le mal noir qui a emporté sa mère en même temps que la moitié du monde ne revienne jamais?
Par la force d’une écriture cruelle, sensuelle et poétique à la fois, Carole Martinez laisse Blanche tisser les orties de son enfance et recoudre son destin. Nous retrouvons son univers si singulier, où la magie et le songe côtoient la violence et la truculence charnelles, toujours à l’orée du rêve mais deux siècles plus tard, dans ce domaine des Murmures qui était le cadre de son précédent roman.

Notation sur 5

Intriguecinq scarabees

Personnagescinq scarabees

Écriturecinq scarabees

logo coup de coeur

Avis de lecture

J’ai bien aimé Du domaine des Murmures, son précédent roman, qui évoquait le parcours d’Esclarmonde, qui après s’être emmurée, avoir connu l’expérience de la maternité, et voir le monde s’agiter autour d’elle, ne peut finalement s’empêcher de vouloir y prendre part. Je me souvient aussi que la poésie de son écriture, de son talent de conteuse. Alors lorsque j’ai appris la sortie de La Terre qui penche… A la lecture du résumé, je me disais déjà que j’allais aimer ce roman et cela s’est confirmée !!!

Mon impression au commencement

La terre qui penche est un récit à deux voix : celui de la Vieille âme et de la Petite fille. Deux entités qui ne forment qu’une seule est même personne. La première a oublié ce que fut son existence, ou plutôt son enfance,  mais la voix de la petite fille est là pour tout lui raconter. Dès le début, une donnée entre en jeu : on sait qu’à 12 ans elle meurt, reste à savoir dans quelle circonstance… On voit donc ce petit brin de fille, ce « chardon », dont le fort caractère se devine d’entrée de jeu, s’interroger, s’angoisser de ce voyage qu’elle fait, vêtue des plus beaux vêtements qu’elle n’ait jamais porté. Son arrivée aux Murmures est auréolé d’une atmosphère étrange, sombre : p57 « Quelque chose serpente dans les profondeurs de cette vallée[…] Mort ou diable, quelque chose  est tapi là-dedans, qui nous guette. » Jusqu’ici, j’adore !!!

Ce que j’ai pensé de la trame

Rien n’est figé dans le roman et les voix de la Vieille âme et de la Petite fille s’alternent, parfois deux chapitres de suite sont consacrés à une des deux. La Petite fille se livre au récit de son enfance qui est rythmée par les souvenirs (son arrivée aux domaine des Murmures et la vie qu’elle y menait), et une pointe de mystère autour de son père (figure autoritaire de prime abord) et de sa naissance. A partir du moment où elle débarque au Domaine des Murmures, la question des circonstances de sa naissance est abordée par l’effroyable Bouc puis d’autres personnages qui ne finissent jamais leur récit, ce qui met à mal la curiosité de Blanche, mais aussi la nôtre. Parler de sa naissance, c’est aussi parler de sa mère, dont elle ne garde pas de souvenirs, et de son terrible père.

Lorsque la Vieille âme prend la parole, un souvenir resurgit de temps à autre. Mais ce qui la caractérise c’est le distance qu’elle prend avec tout cela, avec ce qu’elle raconte de Blanche. La Vieille âme a un regard sur « le présent », sur le Domaine des Murmures à diverses époques aussi. Ces deux voix se répondent, se complète finalement.

Plusieurs choses m’ont particulièrement plu dans ce récit : la présence de chants (certains sont imaginés par l’auteure) qui s’insèrent dans le corps du récit ; le thème de l’écriture et de la lecture à cette époque où seule une élite y avait accès. Le père de Blanche refusait que ses filles apprennent, pour que le diable n’entrent pas en elle. Mais Blanche, curieuse et avide d’apprendre, s’émancipe de son père et s’instruit grâce au seigneur des Murmures. Il y a aussi des passages forts comme à la page 207-208 où il est question de la relation de l’homme à Dieu, des paroles qui résonnent avec notre temps. Il y a cette phrase de la Vieille âme par exemple p 208 qui est très évocatrice :  » Moi qui suis morte, je peux rire tout mon saoul des ambitieux qui se rêvent des saints en agitant l’épée du sacrifice. Je peux rire de ceux qui utilisent Dieu comme prétexte pour asseoir leur pouvoir ».

Mais le plus beau passage de ce roman, selon moi, reste cette tirade d’un père au chevet de son fils (p171), celle d’un père qui lui proclame son amour, en racontant comment il s’est découvert père à sa naissance, lui son dernier fils. Ce passage est de toute beauté. L’amour est d’ailleurs un thème récurrent ici : celui d’un père, d’une mère, d’un amant ou d’un mari. Un amour qui n’est pas toujours bon et qui peut s’avérer nuisible pour soi ou pour autrui. Par exemple Aelis, la femme du seigneur des Murmures, se trouve enfermer dans un amour à sens unique depuis de nombreuses années.

Enfin, je suis obligée d’évoquer l’incursion du merveilleux dans ce roman à plusieurs reprises, mais je vous parlerai ici plutôt de quelque chose qui évoque un conte populaire de Grimm. Ici, j’ai l’impression que l’auteur a voulu faire écho à Hansel et Gretel, lorsque Blanche et Aymon arrivent devant une maison au milieu de la forêt, habitée par la cuisinière Guillemette, autrefois au service du seigneur des Murmures. Bon ce n’est pas une méchante sorcière, loin de là, mais l’évocation ma semblait clair à la lecture. Guillemette semble vivre hors du temps, dans un lieu difficilement accessible par tout un chacun et dont on ne sort pas facilement non plus, ce qui sauve d’ailleurs les deux enfants de leurs poursuivants.

Ce roman est l’histoire d’une enfant qui quitte l’enfance, c’est une nouvelle fois le portrait d’une jeune fille qui ne renonce pas et veut se faire une place aux Domaine des Murmures.

Les personnages

Je vous ai déjà parlé de Blanche, de son tempérament. C’est un personnage aux multiples facettes, mais pas que de bonnes. Elle peut se montrer très jalouse par exemple lorsqu’il s’agit de son promis. Dans sa quête de vérité qui l’amène à en savoir plus sur sa mère et son père, elle rencontre divers personnages dont la géante verte qui a un passif particulier avec es hommes, dont le père de Blanche. La géante verte appartient aussi aux anciennes croyances dont les homme de cette époques se méfie. Enfin cette dernière est, aussi associé à la Loue, cette rivière sauvage. Personnage à part entière, la Loue a ses humeurs, elle est caractérielle, elle tue, elle se venge. Cela est établi dès le début du récit et elle est au centre de beaucoup de  choses dans le roman.

Conclusion

L’histoire de Blanche, cette petite fille qui veut apprendre, se noue et se dénoue au fil des pages. C’est un régal pour moi de me replonger dans la plume de Carole Martinez, qui signe un roman fort, mystérieux et si plein des émotions des Hommes. Bref, un grand coup de cœur.

Sortie : août 2015

Premier repérage pour la rentrée littéraire à venir

unamerica

 

 

Unamerica, de Momus, Le serpent à plume, sortie le 3 septembre 2015

 

 

 

et ne reste que des cendresEt ne reste que des cendres, de Oya Baydar, Phébus, sortie le 20 août 2015

Ne reste que des cendres. Des cendres chaudes, brûlantes, des poussières incandescentes au goût âcre : les vestiges des feux allumés par toute une génération qui croyait pouvoir enrayer le mécanisme infernal des dictatures militaires et des fanatismes.

Une génération de révolutionnaires, de militants, parmi lesquels la flamboyante Ülkü. Personnage obsédant, amoureuse éperdue, elle traverse la tête haute et le cœur battant les tourmentes politiques et sociales qui ont secoué la Turquie depuis les années 70. Elle qui a vécu dans sa chair la torture et les deuils ; dans son cœur : la passion, la fascination et la lâcheté des hommes.

Des cendres de cet engagement des plus contemporains, Oya Baydar fait renaître les cris, les passions, les espoirs de son peuple, de ces militants du monde entier qui, de Paris à Istanbul en passant par Moscou et Leipzig, ont comme elle connu la lutte, l’exil et le désenchantement.

 

CVT_La-Terre-Qui-Penche_849La terre qui penche, de Carole Martinez, Gallimard, sortie le 20 août 2015

Blanche est morte en 1361 à l’âge de douze ans, mais elle a tant vieilli par-delà la mort ! La vieille âme qu’elle est devenue aurait tout oublié de sa courte existence si la petite fille qu’elle a été ne la hantait pas. Vieille âme et petite fille partagent la même tombe et leurs récits alternent. L’enfance se raconte au présent et la vieillesse s’émerveille, s’étonne, se revoit vêtue des plus beaux habits qui soient et conduite par son père dans la forêt sans savoir ce qui l’y attend. Veut-on l’offrir au diable filou pour que les temps de misère cessent, que les récoltes ne pourrissent plus et que le mal noir qui a emporté sa mère en même temps que la moitié du monde ne revienne jamais ? Par la force d’une écriture tendre, sensuelle et poétique à la fois, Carole Martinez laisse Blanche tisser les orties de son enfance et recoudre son destin. Nous retrouvons son univers si singulier, où la magie et le songe côtoient la violence et la truculence charnelles, toujours à l’orée du rêve mais deux siècles plus tard, dans ce domaine des Murmures qui était le cadre de son précédent roman.

 

martin amisZone interdite, de Martin Amis, Calmann-Lévy, sortie en septembre 2015

DÉCOR
Camp de concentration Kat Zet I en Pologne.
PERSONNAGES
Paul Doll, le Commandant : bouff on vaniteux, lubrique, assoiffé d’ alcool et de mort.
Hannah Doll, l’ épouse : canon de beauté aryen, mère de jumelles, un brin rebelle.
Angelus Thomsen, l’ officier SS : arriviste notoire, bellâtre, coureur de jupons.
Smulz, le chef du Sonderkommando : homme le plus triste du monde.
ACTION
La météorologie du coup de foudre ou comment faire basculer l’ ordre dans un système allergique au désordre.
Comment explorer à nouveau la Shoah sans reprendre les mots des autres ? Comment oser un autre ton, un regard plus oblique ? En nous dévoilant une histoire de marivaudage aux allures de Monty Python en plein système concentrationnaire, Martin Amis remporte brillamment ce pari. Une manière habile de caricaturer le mécanisme de l’horreur pour le rendre plus insoutenable encore.
la-brigade-du-rire-638141-250-400La brigade du rire, de Gérard Mordillat, Albin Michel, sortie le 20 août
Il y a Kowalski, dit Kol, Betty, licenciée de l’imprimerie où elle travaillait. Dylan, prof d’anglais et poète. Les jumelles Dorith et Muriel, pour qui la vie est une fête permanente.
L’Enfant-Loup, coureur et bagarreur. Suzana, infirmière en psychiatrie. Rousseau, beau gosse et prof d’économie. Hurel, industriel, lecteur de Marx et de Kropotkine. Ils sont chômeurs, syndiqués, certains exilés, tous ont été des travailleurs. Pas des « cocos », ni des militants. Des hommes et des femmes en colère, qui décident de régler leur compte à cette société où l’autorité du succès prime sur celle du talent. Des samouraïs, des mercenaires, une redoutable fraternité constituée en Brigade du rire. Leur projet ubuesque et génial tient à la fois de la supercherie que de la farce grotesque : kidnapper et faire travailler Pierre Ramut, l’éditorialiste vedette de Valeurs françaises, et, dans un bunker transformé en atelier, l’installer devant une perceuse à colonne pour faire des trous dans du dularium. Forcé de travailler selon ce qu’il prescrit dans ses papiers hebdomadaires – semaine de 48h, salaire de 20% inférieur au SMIC, productivité maximum, travail le dimanche –, Ramut saura désormais de quoi il parle…