« Le principe », de Jérôme Ferrari

le principeRésumé

Fasciné par la figure du physicien allemand Werner Heisenberg (1901-1976) qui, après avoir élaboré le célèbre “principe d’incertitude”, jeta les bases de la mécanique quantique, ce qui lui valut d’obtenir le prix Nobel de physique en 1932, un jeune aspirant philosophe désenchanté s’efforce, à travers la destinée de cet homme de science exceptionnel confronté à la montée du nazisme puis à ses menées lors de la Seconde Guerre mondiale, de prendre la mesure du mal toujours à l’oeuvre dans le monde contemporain tout en tentant d’assumer l’incomplétude et les défaillances de sa propre existence.
Avec ce roman qui fait entrer en résonance les tragédies du dernier conflit mondial et une modernité rongée par les passions économiques, Jérôme Ferrari met en scène, telle une chute d’Icare toujours recommencée, la rencontre obstinément compromise entre l’âme de l’homme et la mystérieuse beauté du monde, que ne cessent de confisquer le dévoiement de la théorie en pratique et la corrosion des splendides innocences premières.

Notation sur 5

Intrigue3 scarabeeset demi

Personnages4 scarabees

Écriture4 scarabees

Avis de lecture

J’ai entendu parler de l’auteur pour la première fois en 2012, année où il a obtenu le prix Goncourt. Il avait déjà cinq romans à son actif. Je n’ai pas lu son roman Sermon pour la chute de Rome , le sujet ne me disait rien et puis on dit que son écriture n’est pas facile, ça a peut-être joué. Là j’ai eu l’occasion de le découvrir et donc de me faire ma propre opinion. Et puis je n’ai pas remarqué sur le coup, mais le livre parle de Werner Heisenberg, dont le nom est emprunté par Walter White dans Breaking Bad. Un petit détail qui m’a fait sourire.

Mon impression au commencement

Le terme adéquat est difficile. Pour parler de Heisenberg, Jérôme Ferrari passe par « un jeune aspirant philosophe ». Ce narrateur parle d’Heisenberg, semble s’adresser à Heisenberg. Cela donne dès la 1ère phrase : « Vous aviez 23 ans et c’est là, sur cet ilôt désolé où ne pousse aucune fleur, qu’il vous fut donné pour la première fois de regarder pare-dessus l’épaule de Dieu ». Pour moi, ce début fut un peu laborieux, cela ne tient pas tant au style qu’au contenu, mais une fois lancée ça allait mieux.

Ce que j’ai pensé de la trame

Le livre se découpe en 4 parties : Position – Vitesse – Énergie – Temps. Jérôme Ferrari nous raconte le parcours de ce physicien, nous parle de son principe d’incertitude (principe selon lequel on ne peut pas connaître en même temps la vitesse et la position d’une particule), du rôle qu’il a joué durant la seconde guerre mondiale dans le programme nucléaire allemand et de l’après. J’ai trouvé la 1ère partie difficile à lire dans l’ensemble, je dois l’avouer, mais le personnage m’intéressait et j’ai poursuivi. Une fois que je me suis familiarisée avec le style, avec ce narrateur et avec le rythme de son écriture, j’ai bien accroché. Le narrateur est comme fasciné par Heisenberg et nous fait partager son intérêt.

Franchement c’était pas gagner, mais Jérôme Ferrari nous donne un livre plein de poésie, et son écriture m’a bluffé. On finit aussi par comprendre qu’il applique le principe d’Heisenberg dans son roman, puisqu’il admet une incapacité à tout saisir (« parce que les chose n’ont pas de fond » p 40) et cela peut être applicable au comportement humain.

Les personnages

Il y a une certaine distance qui est entretenu avec Heisenberg à cause du narrateur. En effet, il interpelle en quelque sorte Heisenberg, s’interroge sur ses choix tout en tenant compte de son histoire. C’est notamment le cas lorsqu’il décide de rester en Allemagne, alors que d’autres scientifiques ont fui. Loin de partager l’idéologie nazie, il reste pour « établir un îlot de stabilité », mais va finalement être mêlé au projet de réacteur nucléaire allemand.

Il est ainsi question d ‘éthique, question de l’ambiguité sur son rôle, mais pas que. Après la guerre il ne sera pas le seul scientifique à être arrêté et ces questions se posent à l’ensemble. Ont-ils freiner l’avancement des recherches, ont-ils collaboré? Savait-il ce qu’il se passait, les camps etc…? Tous ces scientifiques enfermés, à ruminer leurs pensées, leur échec ou leur rancoeur, à la p.119 on croirait être dans une maison de fou. J’ai bien aimé ce passage.

Conclusion

Un petit livre, mais ne le sous-estimez pas. Je souligne à nouveau le style que j’ai trouvé plus facile à appréhender au fil des pages, la poésie du texte. C’est un roman très (mais pas trop) documenté, où Ferrari met en application le principe d’incertitude à la vie de son créateur et dans son roman de manière subtile. Une belle découverte.

Parution : février 2015