« Unamerica », de Momus

unamericaRésumé

Dieu, agent d’entretien dans un fast-food de Caroline du Sud, présente des signes d’Alzheimer. Revenant sur Son œuvre, Dieu voit que tout cela est bon ; sauf l’Amérique. Heureusement, il n’est jamais trop tard pour une destruction créative. Lâché par Ses supers-pouvoirs, Dieu confie alors à Brad Power une mission : désaméricaniser l’Amérique.
Entre Philip K. Dick et Italo Calvino, Momus met en scène un Dieu vengeur, une Amérique totalement perdue dans une comédie burlesque.

Notation sur 5

Intrigue3 scarabees

Personnages 2 scarabeeset demi

Écriture3 scarabees

Avis de lecture

Il n’y a rien de plus parlant que le résumé ci-dessus pour vous faire part de ce qui m’a poussé à lire ce roman : Dieu et les signes d’Alzheimer, désaméricaniser l’Amérique, une comédie burlesque. Cela annonce une lecture divertissante.

Mon impression au commencement

Tout de suite, Momus nous plonge dans un monde parallèle, un mélange du nôtre et d’un monde imaginaire doté d’un étrange calendrier. Là-bas, l’Histoire tel que nous la connaissons n’a pas tourné de la même façon : le sud a gagné la guerre et l’esclavage est toujours en vigueur, la RDA existe toujours, etc. Bref, alors que Dieu confie une mission à Brad et que ce dernier veut se lancer dans le recrutement de marins pour réussir sa quête, c’est, pour moi, le début d’un roman singulier.

Ce que j’ai pensé de la trame

Lorsque Brad intègre une entreprise « Chez Willy – tout pour le sport », avec des conditions de travail aberrantes, il déchante vite et son projet de recrutement s’enlise. Une bonne partie du roman se déroule autour de cette boutique. Brad, le narrateur, nous raconte son quotidien en toute simplicité et franchise livrant des détails mordant, absurde ou comique de son quotidien.

Il est dommage que l’on perde de vue pendant un bon bout de temps la quête, mais Momus réalise un portrait satirique de l’Amérique et chaque situation, aussi surréaliste soit elle, y participe. Par exemple, il y a cette scène où Brad apprend la lévitation, celle où il se fait embaucher ou encore tout simplement Dolorosa, personnage inoubliable.

Ce livre est inclassable, emprunte à plusieurs genres. Il entre dans la catégorie des Objets littéraires Non Identifiés.  Il flirte avec le comique et l’absurde. Cela déroute parfois. C’est le sentiment qui domine globalement une fois ce livre fermé d’ailleurs.

Les personnages

Au fil du roman, on constate qu’un chapitre est l’occasion de se focaliser sur un  personnage secondaire, de développer une histoire particulière. La plus saisissante reste celle de Dolorosa, vigile à la boutique qui malgré les épreuves conserve son travail. En dehors de ce personnage que l’on prend en pitié, mais qui fait rire par moment également, aucun autre ne m’a autant marqué. Quant à Brad, il n’est pas le genre de personnage à susciter l’enthousiasme, mais son regard sur ce qui l’entoure fait la différence.

Conclusion

Voici un livre qui prend l’Amérique pour cible, qui écrit une satire du système, en flirtant avec le comique et une dose de surréalisme. Je m’attendais à un roman étrange mais il est aussi farfelu. Après une désillusion, cette rentrée littéraire m’a livré un étonnant divertissement.

Premier repérage pour la rentrée littéraire à venir

unamerica

 

 

Unamerica, de Momus, Le serpent à plume, sortie le 3 septembre 2015

 

 

 

et ne reste que des cendresEt ne reste que des cendres, de Oya Baydar, Phébus, sortie le 20 août 2015

Ne reste que des cendres. Des cendres chaudes, brûlantes, des poussières incandescentes au goût âcre : les vestiges des feux allumés par toute une génération qui croyait pouvoir enrayer le mécanisme infernal des dictatures militaires et des fanatismes.

Une génération de révolutionnaires, de militants, parmi lesquels la flamboyante Ülkü. Personnage obsédant, amoureuse éperdue, elle traverse la tête haute et le cœur battant les tourmentes politiques et sociales qui ont secoué la Turquie depuis les années 70. Elle qui a vécu dans sa chair la torture et les deuils ; dans son cœur : la passion, la fascination et la lâcheté des hommes.

Des cendres de cet engagement des plus contemporains, Oya Baydar fait renaître les cris, les passions, les espoirs de son peuple, de ces militants du monde entier qui, de Paris à Istanbul en passant par Moscou et Leipzig, ont comme elle connu la lutte, l’exil et le désenchantement.

 

CVT_La-Terre-Qui-Penche_849La terre qui penche, de Carole Martinez, Gallimard, sortie le 20 août 2015

Blanche est morte en 1361 à l’âge de douze ans, mais elle a tant vieilli par-delà la mort ! La vieille âme qu’elle est devenue aurait tout oublié de sa courte existence si la petite fille qu’elle a été ne la hantait pas. Vieille âme et petite fille partagent la même tombe et leurs récits alternent. L’enfance se raconte au présent et la vieillesse s’émerveille, s’étonne, se revoit vêtue des plus beaux habits qui soient et conduite par son père dans la forêt sans savoir ce qui l’y attend. Veut-on l’offrir au diable filou pour que les temps de misère cessent, que les récoltes ne pourrissent plus et que le mal noir qui a emporté sa mère en même temps que la moitié du monde ne revienne jamais ? Par la force d’une écriture tendre, sensuelle et poétique à la fois, Carole Martinez laisse Blanche tisser les orties de son enfance et recoudre son destin. Nous retrouvons son univers si singulier, où la magie et le songe côtoient la violence et la truculence charnelles, toujours à l’orée du rêve mais deux siècles plus tard, dans ce domaine des Murmures qui était le cadre de son précédent roman.

 

martin amisZone interdite, de Martin Amis, Calmann-Lévy, sortie en septembre 2015

DÉCOR
Camp de concentration Kat Zet I en Pologne.
PERSONNAGES
Paul Doll, le Commandant : bouff on vaniteux, lubrique, assoiffé d’ alcool et de mort.
Hannah Doll, l’ épouse : canon de beauté aryen, mère de jumelles, un brin rebelle.
Angelus Thomsen, l’ officier SS : arriviste notoire, bellâtre, coureur de jupons.
Smulz, le chef du Sonderkommando : homme le plus triste du monde.
ACTION
La météorologie du coup de foudre ou comment faire basculer l’ ordre dans un système allergique au désordre.
Comment explorer à nouveau la Shoah sans reprendre les mots des autres ? Comment oser un autre ton, un regard plus oblique ? En nous dévoilant une histoire de marivaudage aux allures de Monty Python en plein système concentrationnaire, Martin Amis remporte brillamment ce pari. Une manière habile de caricaturer le mécanisme de l’horreur pour le rendre plus insoutenable encore.
la-brigade-du-rire-638141-250-400La brigade du rire, de Gérard Mordillat, Albin Michel, sortie le 20 août
Il y a Kowalski, dit Kol, Betty, licenciée de l’imprimerie où elle travaillait. Dylan, prof d’anglais et poète. Les jumelles Dorith et Muriel, pour qui la vie est une fête permanente.
L’Enfant-Loup, coureur et bagarreur. Suzana, infirmière en psychiatrie. Rousseau, beau gosse et prof d’économie. Hurel, industriel, lecteur de Marx et de Kropotkine. Ils sont chômeurs, syndiqués, certains exilés, tous ont été des travailleurs. Pas des « cocos », ni des militants. Des hommes et des femmes en colère, qui décident de régler leur compte à cette société où l’autorité du succès prime sur celle du talent. Des samouraïs, des mercenaires, une redoutable fraternité constituée en Brigade du rire. Leur projet ubuesque et génial tient à la fois de la supercherie que de la farce grotesque : kidnapper et faire travailler Pierre Ramut, l’éditorialiste vedette de Valeurs françaises, et, dans un bunker transformé en atelier, l’installer devant une perceuse à colonne pour faire des trous dans du dularium. Forcé de travailler selon ce qu’il prescrit dans ses papiers hebdomadaires – semaine de 48h, salaire de 20% inférieur au SMIC, productivité maximum, travail le dimanche –, Ramut saura désormais de quoi il parle…