» Moscou Babylone « , d’Owen Matthews

MOSCOURésumé

« En Russie, j’ai aimé et j’ai tué. Et j’ai découvert que, des deux, c’est l’amour qui est le plus terrible. »
Avec ses bonnes manières oxfordiennes et son costume en tweed, Roman Lambert arrive à Moscou en 1995 tel un explorateur victorien en safari, déterminé à profiter de la jungle moscovite postsoviétique. D’origine anglaise, est-ce le sang russe de sa mère qui le rend aussitôt apte à toutes les démesures ?
Des soirées dans les derniers clubs à la mode aux scènes de résilience et de survie quotidiennes aux week-ends orgiaques dans sa datcha, le jeune étranger se fond dans ce monde impitoyable et violent, enviant la dépravation sans scrupules de ses nouveaux amis expatriés et autochtones.
Commence alors une métamorphose que précipite sa rencontre avec Sonia, une descente aux enfers qui va l’emmener par-delà le bien et le mal, jusqu’à commettre l’irréparable…
Mais, à Moscou Babylone, comment trouver les voies de la rédemption ?

3 scarabees

 

Avis de lecture

Voici le récit de la descente aux enfers de Roman Lambert, par Roman Lambert. De ce fait, le narrateur porte un autre regard sur ses propres actes qu’il a parfois tendance à décrypter, à expliquer. Ainsi, dès les premières pages, nous sommes confrontés à une sorte de désillusion, un décalage entre la Russie qu’il pensait trouver (« un monde libre et vrai« , p.12) et la réalité (« je n’y ai trouvé que désespoir , age et rancoeur. Cet endroit s’est emparé de mon âme« , p.12) lorsqu’il y arrive. Roman Lambert nous dévoile ainsi le(s) drame(s) de sa vie : l’amour et le meurtre. Ce qui compte ce n’est pas l’acte, mais la façon dont il y est arrivé. L’auteur s’est appliqué à soigner la psychologie du personnage de l’avant et de l’après meurtre. Mais attention pas de culpabilité, de peur irraisonnée, non il semble au contraire garder tout son self-control. Le meurtre le change véritablement et impactera sur son histoire d’amour avec Sonia.

Mais avant cela, c’est une plongée dans la Russie des années 90, dans un milieu décadent où les excès sont multiples auprès de la jeunesse moscovites. Notre narrateur se jette à corps perdu dans ce milieu et se laisser griser par cette vie. Pourtant, il ne sera pas facile pour lui d’y trouver sa place, au vue de son côté britannique. C’est d’ailleurs, là, la clé de bon nombre de chose. Il est britannique et russe par sa mère. Mais à l’esprit russe qu’y comprend-il finalement ? Pas grand chose et Sonia lui donne cette leçon dans un long passage où elle lui rappelle sans ménagement qu’il n’est qu’un étranger, qu’il est libre, quand d’autres, comme elle, sont obligés de vivre ici. Ce passage s’étend de la page 376 à 382 et c’est l’un des plus beaux passages du livre selon moi. Le deuxième autre passage, que je trouve fort, se trouve une dizaine de pages plus loin p.391 à 394, alors que Roman parle avec son ami Sverdlov de sa situation avec Sonia.

Moscou Babylone est un livre que se lit d’une traite, un livre qui nous fait découvrir les dérives sous l’ère post-soviétique à travers le regard d’un britannique. Ce livre est aussi le récit poignant, jusqu’à son bel épilogue, d’une descente aux enfers. Une autre bonne lecture pour cette rentrée littéraire.